WSOP 2019 - A la Une

C'est l'histoire d'un mec qui n'avait pas prévu de jouer

Un discret joueur parisien dispute sa première finale WSOP Mesbah Guerfi n'est plus qu'à trois marches du bracelet Event #63 : Omaha Mix 1 500 $ (Fin du Day 3 - 4 joueurs restants)

« Attends Benjo, tu n'es pas encore parti pour raconter tes conneries, là ? Il faut aller se coucher maintenant ! » Hé bien non, malgré l'heure tardive (deux heures, c'est relativement tôt pour Vegas), mon lit attendra, car l'alerte bracelet a sonné dans l'Amazon Room ce soir ! Après une solide journée de grind (et un bon morceau de la nuit) sur l'épreuve de Omaha Mix, Mesbah Guerfi reviendra au Rio dimanche pour tenter de vaincre les trois derniers adversaires auxquels il fait encore face sur ce tournoi mélangeant Omaha High-Low (en Limit et Pot-Limit) et du Big O, un PLO joué avec cinq cartes au lieu de quatre.

Mesbah Guerfi
Off the record, le joueur parisien d'origine algérienne est volontiers bavard, narrant avec bonheur quantité d'anecdotes sur les personnages hauts en couleur hantant les salles de cash-game de Las Vegas. Dès que l'on dégaine un stylo et un carnet, c'est une autre histoire : Mesbah aime rester en dehors des spotlights que sont les coverages poker tel que celui proposé par Winamax. Mais avant d'entamer sa toute première finale WSOP cet après-midi (après une poignée de deep runs signés en Omaha et sur le Main Event depuis 2012), il nous lâchait tout de même un bout d'information croustillant.

« Je n'avais pas du tout prévu de jouer ce tournoi ! J'avais prévu de voir ce qu'il se passe au Bellagio, et c'est Jérôme [Zerbib] qui m'a prévenu qu'il y avait du Omaha qui démarrait au Rio. » En constatant que la partie de cash-game qu'il espérait tardait à se matérialiser au Bellagio, Mesbah est monté dans le taxi. Une fois arrivé au Rio, il se rend compte qu'il a affaire à non pas un Omaha, mais trois Omaha différents, dont un format Limit qu'il ne pratique jamais. « Vers la fin de la journée, j'avais même envie de le balancer ». Traduction : tout faire pour perdre les jetons. Au lieu de cela, Mesbah s'est ravisé, terminant le Day 1 en 36e place parmi les 227 qualifiés pour le Day 2. 24 heures plus tard, il n'avait toujours pas balancé quoi que ce soit, et après une troisième journée qui l'a vu monter des jetons grâce à un style de jeu volontiers agressif (et éliminer des invités de marque comme Phil Laak), le voilà désormais tout près d'un sacré spotlight : celui qu'on braque sur un joueur venant de gagner un bracelet.

PLO Mix Table Finale
Avant d'en arriver là, Mesbah, qui a été à tapis plusieurs fois dans la journée et n'a jamais été bien loin du chip-lead, devra tout de même se débarasser d'au moins un client sérieux, le chinois Yueqi Zhu. Rien de moins que le tenant du titre ! Zhu cherchera donc à égaler l'exploit d'Alan Friedman, vainqueur en 2018 puis 2019 sur le tournoi de Dealer's Choice. Placé devant le short-stack James Van Alstyne mais derrière Zhu et le chip-leader russe Anatolii Zyrin, Mesbah pointe du doigt la structure : "Les coups en Limit sont très chers, à ce stade les tapis peuvent s'inverser très vite. Demain tout est possible, mais de toute façon je suis en freeroll !" Tout est possible, en effet, y compris le meilleur. Surtout quand, à la base, on ne devrait même pas être là...

Les quatre derniers joueurs
Anatolii Zyrin (Russie) 3,33 millions
Yueqi Zhu (Chine) 2,735 m.
Mesbah Guerfi (France) 1,96 m.
James Van Alstyne (Las Vegas) 585 000

Les prix
Vainqueur 199 838 $
Runner-up 123 466 $
3e 84 106 $
4e 58 289 $

La finale reprendra dimanche à 14h, heure locale (23h en France)

Sans bracelet et sans regrets

Mesbah Guerfi termine en 4e place de sa première finale WSOP (58 289 $) Event #63 : Omaha Mix 1 500 $ (Day 4 - Finale)

Mesbah Guerfi
Mesbah Guerfi restera là où il se sent le plus à l'aise : dans l'ombre. Eliminé le premier d'un Day 4 ayant débuté avec seulement quatre joueurs restants, le discret joueur de Montrouge signe-là son meilleur résultat sur les WSOP, et n'a rien à se reprocher quant à sa prestation du jour.

Même si Mesbah était revenu au Rio avec un tapis relativement confortable (33 blindes), la variance inhérence à ces formats de Omaha joués avec cinq cartes n'a résolument pas été de son côté. Ou plutôt : elle a beaucoup aidé deux de ses adversaires, et pas lui. Témoin le local James Van Alstyne, annoncé mourant avec neuf blindes et réussissant rapidement à doubler d'entrée de jeu en Omaha High Low, et surtout le russe Anatolii Zyrin, passant de chip-leader à virtuel éliminé (moins de 4 blindes !) après plusieurs mauvais coups, avant de remonter aussitôt des enfers en doublant à deux reprises avec des mains moyennes jouées préflop, puis en portant le coup fatal à Mesbah.

« On ne joue plus au poker, là », à commenté Jérôme Zerbib, l'un des copains présents dans le rail. Effectivement : avec des blindes désormais très élevées (même le chip-leader Yueqi Zhu ne pointait pas plus haut que 40 blindes), la marge de manoeuvre était réduite et c'est à une partie sérrée à laquelle nous avons assisté.

TF Omaha Mix
Chaque coup pouvait être le dernier : Mesbah a tenu bon, attendant son heure, rentrant dans les coups avec parcimonie. Quelques petits coups gagnés par-ci, quelques mains lâchées post-flop par-là, jusqu'à cette main de Big O (PLO High-Low à 5 cartes), survenue 90 minutes après le coup d'envoi :

Van Alstyne ouvre à 220 000 en début de parole (blindes 40K/80K). Zyrin flat-call au bouton et Mesbah annonce « pot ». Avec 1,2 million en sa possession seulement, le pot est sufisamment gros pour qu'il puisse mettre la quasi totalité de son stack au milieu.

Face à ce 3-bet, Van Alstyne s'écarte du chemin mais pas Zyrin, qui demande le compte avant d'engager le reste des jetons de Mesbah. Showdown !

Mesbah : AQQ43
Anatolii : A9432

Mesbah Guerfi
Anatolii Zyrin debout pour son showdown face à Mesbah

Selon le calculateur en ligne PokerProTolls, l'équité de Mesbah sur ce match up est de 58,51%, et peut espérer « scoop » (remporter le haut et le bas) 36% du temps : pour un coup de Omaha High-Low à 5 cartes, c'est plutôt pas mal (nous sommes ici loin du Holdem : le Big O n'est définitivement pas d'une variante où l'on joue des coups à tapis préflop à 80/20 ou 75/25 de chances).

Anatolii, de son côté, n'est censé « scoop » que 17,1% du temps, et c'est ce qu'il va parvenir à faire au terme d'un board 6973J lui donnant deux paires 9-3 et le meilleur low As-2. Mesbah termine la main avec juste deux Dames pour le haut et un low battu.

« Je suis en freeroll », lâchait Mesbah une demi-heure plus tôt. Effectivement, comme on le racontait hier, le joueur de cash-game n'avait pas spécialement prévu de jouer cette épreuve d'Omaha Mix. Cet imprévu se solde par un gain rondelet de 58 289 dollars. Pas mal pour une première apparition en finale d'un tournoi des WSOP !

On retrouvera Mesbah au départ du Main Event, dernier tournoi à son programme de Vegas. En attendant, le bracelet va se jouer entre James Van Alstyne, le tenant du titre Yueqi Zhu et Anatolii Zyrin. Le vainqueur remportera près de 200 000 dollars.

Anatolii Zyrin
Si vous vous demandez le pourquoi du comment du casque d'Anatolii Zyrin, un élément de réponse se trouve à ses pieds : on dirait que le Russe s'est pointé au Rio en… skateboard

Mesbah Guerfi
Pour soutenir Mesbah, quelques français dont Jérôme Zerbib (à gauche) et Kiki, le pote de Montrouge (à droite)

Ils s'étaient donnés rendez-vous sur le 5k$ 6-Max

Tous les Team Pros Winamax étaient là ... ou presque Pierre Calamusa, Mustapha Kanit, Davidi Kitai, João Vieira et Adrien Delmas seront au Day 2 Event #70 : No Limit Hold'em 5 000 $ (Day 1)

Calamusa

Alors que l’on pourrait croire qu'on commence à s’essouffler au Rio à l’entame de la 70e épreuve de ces WSOP, le 5K$ 6-Max continue de prouver que les affluences sont à la hausse sur les tournois de No Limit Hold’em cette année avec 751 entrées sur ce Day 1, loin des 621 joueurs de la précédente édition remportée par Jean-Robert Bellande en 2018.

Les Français avaient prévenu, le 6-Max est leur terrain de jeu favori. D’abord, c’est sur ce format que beaucoup de grinders français se font les dents, s’envoyant des pruneaux sur les tournois réguliers de Winamax à longueur d'année. Ensuite, il est bien connu que les américains n’ont pas souvent l’habitude de jouer à 6 joueurs par table, et ne savent pas vraiment s'adapter aux nouvelles dynamiques qui se produisent sur ce format.

Thomas Cazayous l’avait prouvé il y a deux semaines maintenant, en remportant le 3 000 $ 6-Max, récoltant le 20e bracelet tricolore de l’Histoire sur un tournoi où les Français se sont montrés particulièrement à leur avantage.

Les joueurs du Team Winamax étaient aux abonnés absents au Rio ces derniers jours, presque tous en break loin de Vegas, que ce soit à Los Angeles pour Romain Lewis, au Canada pour Guillaume Diaz, en Espagne pour Adrian Mateos ou en road trip pour Adrien Delmas et Ivan Deyra. Deux des joueurs de High Rollers du Team, David Kitai et Mustapha Kanit, n’avaient même pas encore posé leurs valises à Sin City.

Et c’est sur ce tournoi qu’ils ont décidé de (presque) tous se retrouver, sur le dernier gros tournoi de No limit Hold’em avant la grande échéance du Main Event, exceptés Gaëlle Baumann et Aladin Reskallah, au départ du Mini Main Event ce matin.

Evoquons d'abord les quatre joueurs qui vont devoir reporter leurs espoirs de perf' sur le Main Event qui démarre dès mercredi, Guillaume Diaz, qui poursuit un Vegas très compliqué niveau résultats, Adrián Mateos, Romain Lewis et Ivan Deyra.

Un peu trop chaud d’action sur ce 5K$ 6-max, Romain Lewis dira sur Twitter que c’était peut-être un peu " trop optimiste de bluffer un milliardaire ", il faisait allusion à Leon Tsoukernik, patron du Casino de Rozvadov, qu’il a tenté de faire folder deux paires en début de journée.

Ivan Deyra a pris place assez tardivement sur ce 5K$ 6-Max, mais il avait de bonnes raisons. Il était en train de deep run le 10K$ PartyPoker Millions de l’Aria où il a terminé 22e sur 536 joueurs, pour 35K$, soit 3,5 buy-ins, pas très cher payé quand on regarde le field sharky de ce tournoi et la performance accomplie. La sortie d’Ivan est d’ailleurs assez violente, puisqu’un joueur l’a 3bet/call 20 blindes quand il avait AK. La paire de 6 de son adversaire a tenu et Ivan a dû oublier ses rêves de victoire à 1 million de $. Ivan a donc rejoint le field de ce 5K$ tardivement et n’a pas pu échapper à une confrontation AQ contre AK dans le dernier level de la journée.

Cinq Team Pros ont passé le cut sur ce Day 1 et reviendront se battre demain sur un field de 212 survivants, Pierre Calamusa, Mustapha Kanit, Davidi Kitai, Adrien Delmas et João Vieira.

Pierre Calamusa occupe la tête du clan tricolore avec un solide tapis de 194 000 jetons, après une journée qui s’est passée comme dans un rêve. " Je me suis levé très tôt pour regarder Wimbledon, j’avais quelques bets, puis j’ai enchaîné le tournoi sans dormir, j’étais hyper excité à l’idée de jouer. Ca s’est hyper bien passé. Dès la première main, j’ai fait deux As contre As-Roi. Ensuite, j’ai fait quinte floppée contre Guy Pariente qui avait floppé top paire + flush-draw. En une heure, j’avais déjà 100k (sur les 30k de départ). Après, c’était bien plus facile pour dérouler. Sur la fin, j’ai ralenti un peu et j’ai joué très tight, parce que j’étais très fatigué. "

Kanit

Juste derrière, Mustapha Kanit termine également avec un gros tapis de 185k, alors que lui aussi avait deep run le 10k$ Partypoker Millions de l’Aria, terminant 27e de l’épreuve après avoir perdu un coin flip contre Tom Marchese pour un énorme pot. Après avoir jump dans le 5k$ 6-max, il a tout simplement monté 6 stacks de départ en à peine trois heures de jeu, en toute décontraction, comme d'habitude. Si vous vous demandez pourquoi pourquoi Mustapha est arrivé si tard à Vegas, la raison est assez simple : il préfère aller à la plage en Italie plutôt qu'avoir trop chaud ici à Vegas !

Kitai

Sous les feux des projecteurs pour le retour de Dans la Tête d’un Pro, Davidi Kitai termine avec un stack de 74 800, après une journée à une table difficile qu’il a partagé avec Stephen Chidwick ou Julien Martini. Card dead et pas encore remis du décalage horaire, Davidi m’expliquait avoir joué très tight sur les dernières heures de jeu, pour ne pas se mettre en danger et faire des erreurs dues à la fatigue. Il reprendra le Day 2 demain avec 35 blindes pour se défendre. On se souvient que la dernière fois que les caméras de votre émission préférée l’avait suivi, il avait fini runner-up de l’épreuve. Régis, le réalisateur de l’émission, m’a assuré qu’il ferait mieux cette fois !

Enfin, du côté des short-stacks, Adrien Delmas et João Vieira devront s’employer avec des tapis respectifs de 55 900 (27 blindes) et 47 800 (24 blindes), Adrien, descendu très vite à 8k après une rencontre set over set, est grimpé à 130k, avant de redescendre, une journée bien swingy, que Adrien prenait avec philosophie au moment d’aller rejoindre sa coloc de grinders.

Concernant le reste des Français, c'est l'hécatombe sur ce Day 1 puisqu'ils ne sont que 7, sur la cinquantaine au départ de l'épreuve, à avoir rallié le Day 2. Le chipleader à l'issue de ce Day 1 est Barry Hutter avec un tapis de 400k tout rond, 13 stacks de départ montés, une belle journée de travail pour cet américain un peu méconnu qui pourtant dispose d'un palmarès live s'élevant à 5,5 millions de $ de gains.

Chipcount des français :

21 : Pierre Calamusa 194 000 (97BB) 35 : Sonny Franco 172 600 (86BB) 47 : Julien Martini 156 100 (78BB) 67 : Corentin Ropert 127 500 (63BB) 152 : Axel Hallay 62 200 (31BB) 160 : Adrien Delmas 55 900 (27BB) 197 : Grégory Teboul 36 500 (17BB)

mais aussi ...

25 : Mustapha Kanit 185 000 (92BB) 134 : Davidi Kitai 74 800 (37BB) 180 : Joao Vieira 47 800 (23BB)

Le chipcount complet

La reprise aura lieu sur les blindes 10k/20k (20k) pour un average à 106k soit 53 blindes.

La table finale du Crazy Eights leur tendait les bras

Les trois français chutent aux abords de la table finale Jean Fabre (19e), Allan Tirel (18e) et Jean-Pierre Besancon (13e) Event #64 : Crazy Eights No Limit Hold'em 888 $ (Day 3)

Le Crazy Eights est un tournoi qui réussit plutôt bien aux Français. En 2017, Guillaume Diaz décrochait une belle mais frustrante 8e place. L’an dernier, Fabrice Casano et Arthur Conan voyaient leur deep run s’arrêter tout près de la table finale, respectivement 13e et 15e de l’épreuve.

Sur cette édition record de 2019 (10 185 entrées), on y croyait fort avec encore 3 français à 20 joueurs left. Et pourtant, à l’heure où j’écris ces lignes, c’est la déception qui domine avec une table finale qui se dessine sans représentant tricolore.

Fabre

C’est d’abord le résident maltais Jean Fabre qui nous a quitté en 19e position. Content d’avoir gratté des paliers pour remporter 32 189 $, sa meilleure performance en live à ce jour, le français nourrissait quelques regrets sur son début de journée. Avec un tapis dans le top 10 à la reprise, il a été victime de plusieurs mauvais coups, dont une confrontation inévitable entre son As-Dame et une paire d’As à tapis preflop.

On l’avait découvert en 2017 sur le Day 1 du Main Event où il avait partagé la table télévisée avec Daniel Negreanu et Jason Mercier. " J’avais prévu de jouer le Main quoi qu’il arrive, mais peut-être que j’aurais plus de parts, maintenant. En tout cas, c’est bon pour la confiance, en plus j’ai mis qu’une bullet. C’est clair que j’y croyais en début de journée. Mais dès que je suis tombé short, je savais que ça allait se jouer sur un flip et qu'il faudrait être chanceux. " Après avoir déjà atteint l’argent sur le Monster Stack, Jean Fabre continue de surfer sur la confiance et sera au départ du Main Event dès jeudi.

Tirel

Quelques minutes plus tard, c’est le discret Allan Tirel qui nous quittait en 18e position sur ce Crazy Eights, victime de la ravissante brésilienne Vivian Saliba, sur un coin flip classique Roi-Dame contre une paire de Neuf. Joueur de tournois online principalement, Allan s'était déjà rendu plusieurs fois à Vegas les dernières années. Il a profité d’une qualification pour le Main Event sur Winamax pour venir un peu plus tôt disputer quelques petits tournois avant la grande échéance. Bien lui en a pris puisqu’il empoche lui aussi 32 189 $ pour cette belle perf. Au moment où il allait récupérer ses gains, il m’avoue qu’il " s’est bien marré sur le tournoi ", même s’il confesse que le live, c'est bien trop lent pour lui.

JP Besancon

Enfin, c’est sur Jean-Pierre Besançon que reposait les espoirs de la France pour accrocher une table finale, même si le site WSOP.com affichait un drapeau australien sur les chipcounts (Il était résident australien quand il a participé pour la première fois aux WSOP). On y a bien cru, J-P parvenant à monter à un moment un stack de 30 millions qui le plaçait dans le Top 5 au chipcount à 18 joueurs restants. Mais un bluff un peu trop aventureux l’a fait perdre de précieux jetons et il fallait alors être du bon côté des « flips de range » comme me l'expliquait tout le temps ses potes dans le rail.

L’aventure s’est terminée à la 13e place, à la fois si loin du bonheur et si proche d’une table finale. En bataille de blindes, J-P a payé le shove de la petite blinde avec As-Dix en main et un stack de 12 blindes. Opposé à Dame-5, il voit le croupier retourner une Dame sur la turn et un 5 sur la rivière pour l’éjecter du tournoi.

J-P repart avec 50 707 $ pour ce magnifique deep run et n’avait pas l’air spécialement déçu au moment d’aller chercher sa récompense. " J’ai l’impression d’avoir fait le taf. On se disait avec mes potes qu’il faudrait encore chatter pour arriver sur la TF. C’est vrai que les probas d’atteindre la TF devenaient belles, mais il fallait être du bon côté de la variance. Je me sens un peu libéré. Ca me foutait quand même une certaine pression l’approche de la TF, je voulais vraiment la faire, ça aurait été énorme avec mes potes dans le rail. On aurait ramené des cure-dents pour tout le monde, Jo (Jonathan Guez) aurait fait le maître de cérémonie et mis l'ambiance sur la TF. On avait tellement d'idées ! C'est surtout pour vibrer avec eux que j'aurais voulu atteindre cette TF. C'était peut-être l'unique spot de ma vie, je suis pas joueur de poker et je compte pas forcément revenir si souvent à Vegas. On commence à se faire vieux. "

On ose à peine imaginer ce qu'aurait pu donner cette table finale, si le cure-dent magique du deep run avait continué à faire son effet un peu plus longtemps. Heureusement, pour se consoler, une autre table finale avec une chance de bracelet français aura lieu demain. On vous en dit plus dans le prochain article !

Jérémy Saderne : ‹ La table finale la plus importante de ma vie ›

Jérémy Saderne à 8 left d'un bracelet WSOP Réactions à chaud après son Day 2 Event #69 : Mini Main Event 1 000 $ (Day 2)

Saderne2

Alors que je vous l'annonçais à 8 blindes dans l'article précédent, Jérémy Saderne nous a gratifié d'une magnifique remontada pour passer du statut de short-stack à celui de chipleader en l'espace de quelques minutes. De fait, avec cette structure complètement turbish (niveaux de 30 minutes), la fin de journée ressemblait à un vaste concours de celui qui dégaine le plus vite son tapis, les joueurs se faisant éliminer les uns après les autres pour tomber à 8 joueurs restants.

Pris de court, on l'était tous. Ses potes venus le rail en pensant que la table finale allait se jouer dans la foulée. Moi, qui souhaitais lui estorquer quelques mots après qu'il ait atteint la table finale du Main Event. Mais Jérémy Saderne avait déjà commandé son Uber pour aller se reposer avant la grande échéance du lendemain.

Heureusement, ce n'est pas parce que le jeune vainqueur de la finale du Winamax Poker Tour s'est fait retirer d'Hendon Mob qu'il oublie les couvreurs qui l'ont suivi à la trace toute la journée. Il a tenu sa promesse et m'a appelé pour me faire part de ses impressions, un long monologue, que je vous sers tout chaud, parce que je suis partageur ... et aussi parce que vous allez être un peu jaloux !

" C'était fou, j’ai eu de l’adrénaline toute la journée. Beaucoup de up and downs, après trois heures de jeu, je suis chipleader avec 80bb, et quelques heures plus tard, je dois me battre avec un tapis entre 7 et 15bb. Malgré ce qui se passait, j'ai essayé de rester concentré pour ne pas faire d’erreurs.

Une fois atteint le palier de la 15e place (33 814 $), je me disais qu’il fallait jouer pour la win, maintenant. Avec 12bb devant moi, je défends JT sur un open en MP. Je check/call son tapis sur J23, il a 99 et ça tient, je double à plus de 20 millions alors que j'étais le deuxième plus short.

Quelques minutes après, je paye une relance avec une paire de 9 et un tapis de 23 blindes en SB. La BB complète. Je touche le deuxième brelan sur A95 et tout le monde checke. Sur la turn 7, je lead tout petit et la grosse blinde part à tapis. Je paye et il a A5 pour deux paires. Je monte à 55 millions.

Ensuite, je fais un gros fold avec J9 sur 5J59 contre un joueur qui m’a check/raise et est parti à tapis sur la turn. J'ai foldé en montrant ma main et il m'a montré un 5.

Enfin, je fais tapis avec une paire de Sept au bouton. La petite blinde paye couvert avec Roi-Dame et je gagne le fllip pour passer chipleader. J’ai perdu deux ou trois coups après, mais je suis toujours très bien."

Jérémy Saderne entamera demain la table finale avec le deuxième plus gros tapis. Même si la moyenne avoisinera les 20 blindes demain à la reprise, on peut estimer que le pro Français a de bonnes chances de ne pas faire de la figuration sur sa première table finale WSOP.

" Je suis super heureux d’être en table finale. Même si je suis content de comment j’ai joué aujourd’hui, je me rends compte que normalement, ce n'est pas possible d’arriver au bout sur un field aussi gros. J’ai une bonne étoile avec moi depuis deux jours. Sur le papier, la table finale a l’air assez facile. Je vais jouer plutôt aggro mais quand même faire attention aux paliers. "

Quand je lui parle du rail qui s'annonce pour le lendemain sur une table qui sera également diffusée sur PokerGo, il a l'air ému au téléphone rien que d'y penser.

" C’est marrant, parce qu’au moment où je suis passé chipleader, tous mes potes ont débarqué pour me rail, en croyant que la table finale allait être jouée ce soir. En fait, les organisateurs ont arrêté le jeu dix minutes plus tard et ils étaient tous un peu dégoûtés que ça s’arrête. Mais au moins, ça promet pour demain. J’ai déjà envoyé les identifiants PokerGo à ma famille pour qu’ils me regardent. "

Sur son objectif, il semble clair que Jérémy ne visera pas la 8e place, lui qui a déjà l'expérience de gérer de belles tables finales.

" C’est clair que mon objectif, c’est le bracelet, mais j’ai déjà l’impression d’avoir réussi mon Vegas. Je suis sûr que mon Vegas sera positif, c’est assez facile de se cagouler ici à Vegas alors quand on fait une perf’ comme ça, c’est génial. Je vais viser la victoire, mais quand même respecter l’ICM et regarder les paliers avant de prendre mes décisions. Je disais à ma mère au téléphone que c’est la table finale la plus importante de ma vie. C’est à moitié inespérée que ça arrive sur ce tournoi où j’ai late reg avec 15bb, mais dès que j’ai commencé à deep run, je me suis appliqué, j’ai focus, je suis resté motivé et concentré. J’ai souvent tendance à spew et à passer par des mauvaises phases pendant les tournois, mais j’ai tout fait pour éviter ça sur ce deep run. Au Day 1, je suis tombé à une blinde, j’avais plus que 5k. J’aurais pu la gamble mais je savais que j’étais derrière. Et au final, je suis remonté. L’année dernière, quand j’avais fait la meilleure perf’ de ma vie sur le Venetian (runner-up pour 364k$), j’étais aussi tombé à moins d’une blinde au Day 1. C’est peut-être un signe. "

La table finale du Mini Main Event aura lieu demain à 12h (21h heure française) et vous aurez la chance de pouvoir suivre l'action sur PokerGo avec un différé de 30 minutes. Ne soyez pas en retard, avec une moyenne à 20 blindes, possible que tout soit plié avant l'entrée de Phil Hellmuth sur le Day 1A du Main Event !

Composition de la table finale :

Siège Nom Chipcount BB
1 Ben Allogio 13 900 000 7
2 Andres Korn 75 000 000 38
3 Stefan Widmer 28 400 000 14
4 Yi Ma 62 600 000 31
5 Koji Takagi 44 000 000 22
6 Philip Gildea 12 400 000 6
7 Lula Taylor 30 500 000 15
8 Jérémy Saderne 64 000 000 32

L’échelle des gains :

Vainqueur : 628 654 $
Runner-up : 388 284 $
3e : 287 219 $
4e : 214 047 $
5e : 160 715 $
6e : 121 586 $
7e : 92 686 $
8e : 71 199 $

Le 6-Max leur va si bien

João Vieira chipleader à 28 joueurs restants Pierre Calamusa dans la moyenne avec 50bb pour le Day 3 Event #70 : No Limit Hold'em 6-Max 5 000 $ (Day 2)

Joao_Vieira

Alors qu'en 2018, on s’extasiait sur la performance des joueurs français sur ce 5K$ 6-Max, cette édition 2019 s'annonce moins glorieuse avec seulement 4 de nos représentants tricolores dans les places payées du tournoi, qui a généré le chiffre ahurissant de 815 entrées, soit 200 de plus que l’an dernier.

Mais ne parlons pas tout de suite des joueurs qui sont déjà libres d’aller rejoindre le field du Main Event, parlons plutôt de ceux qui ont encore une chance de décrocher un bracelet sur ce 5k$ 6-Max, alors qu'ils ne sont plus que 28 survivants à l'issue du Day 2.

En tête de ceux-là, on trouve un João Vieira resplendissant qui a tout simplement " bagged the chiplead " avec 2,1 millions de jetons, soit plus de 100 blindes à la reprise. Quand on lui demande comment s'est passée cette journée, il nous répond presque en s'excusant.

" Amazing ! J’ai commencé avec 44 000, je finis avec 2,1 millions, tout s’est passé parfaitement aujourd’hui. J’ai touché beaucoup de jeu, on ne multiplie pas son stack par 50 sans avoir de bonnes mains. J’ai pris les bons spots, j’ai été patient et discipliné, et surtout, j’ai pris le max de value sur les coups importants. Mes tables n'étaient pas très relevées. Il y avait toujours un ou deux spots et en 6-Max, ils sont très exposés. Les faiblesses des joueurs transparaissent vraiment énormément sur ce format. Je joue beaucoup de mains et je cible les adversaires qui me dévoilent leurs faiblesses, c’est une de mes grandes forces de savoir exploiter les faiblesses des mauvais joueurs, et c’est ce que j’ai essayé de faire aujourd’hui. "

Pierre Calamusa

Pierre Calamusa, sous les caméras de Dans la tête d’un Pro depuis l’élimination de Davidi Kitai avant la bulle, a déroulé une belle partition sur ce Day 2, empaquetant près d’un million de jetons, soit un peu plus que la moyenne à la reprise.

" J'ai fait un gros départ, j’ai eu une des tables les plus faciles du field. C’était des joueurs réguliers, jeunes, mais qui jouaient très mal. J’ai eu beaucoup de jeu au début, beaucoup moins sur la fin, mais j’ai pu compenser par la faiblesse de mes adversaires. Y a des regs américains qui n’ont pas joué sur Internet depuis dix ans et ils sont restés sur une forme de poker qui se jouait en 2009. Ils changent leur sizing d’open, le sizing de leur c-bet en fonction de la force de leur main. Des trucs d’exploit que l’on faisait y a six ans mais qui ne marchent plus du tout. Ca m’a permis de monter des jetons tranquillement en repérant leurs faiblesses et en les exploitant au mieux. "

Calamusa_DLTDP

Le voyant espionné toute la journée par les trois cadreurs de Dans la Tête d'un Pro, je lui demande si ça affecte son jeu d'être le héros de votre série préféré sur ce Day 2.

" Ca m’affecte un peu, c'est clair, parce qu’au PCA, ça s’était hyper mal passé. Y a énormément d’attente et de réactions sur les réseaux sociaux, quand tu fais un mauvais play ou un play qui est discutable, les gens se déchainent sur Facebook ou Youtube. Mine de rien, t’y penses quand tu dois faire un hero call. Putain, si je le rate, je vais me faire insulter, me faire traiter de mongolien. Ca me trotte un peu dans la tête. "

Impatient à l'idée de l'entendre me raconter un coup que vous retrouverez d'ici quelques mois dans l'émission, je lui tends le micro pour qu'il me fasse rêver.

" J’ai eu au moins un coup sympa aujourd’hui. Je limpe 8-2 suité de SB, je me fait raise à 4,5x en BB, je le 3-bet. Il me call assez rapidement, c’est un mec assez loose qui peut avoir beaucoup de mains. Ca vient Dame-6-2, je c-bet, il call. Turn Valet, je shove la taille du pot. Il tank pendant 15 minutes et il passe. J’étais en PLS. Après ça, faut que j’aille changer de slip ! "

Ce qui fait bien plaisir quand on retrouve Pierre Calamusa après cette belle journée, c'est que, malgré un Vegas pour l'instant vierge en résultats, il a l'air très serein.

" Je me sens confiant. C’est mon format préféré, ce sont les seuls tournois que je deep run. Parce que je joue que ça sur Internet, j’ai un jeu qui s’adapte particulièrement à ce format. Demain, ce sera une journée très importante. J’ai quand même un tapis confortable, quasiment 50 blindes. Tout peut arriver, y aura besoin de bien jouer, et d’avoir une bonne part de chance, mais le bracelet est pas si loin ! "

Ils ne sont donc plus que 28 joueurs sur le field de ce 5K$ 6-Max avec encore quelques grands noms, mais pas forcément le casting qu'on espérait après les premières escarmouches du Day 1.

Retrouvez le chipcount complet à l'issue du Day 2.

Sonny Franco, Adrien Delmas et Benoît Lam dans les places payées

Redémarrant avec 212 joueurs rescapés du Day 1, plus quelques ballas qui ont register au Day 2, la journée a rapidement vu la bulle s’abattre sur les protagonistes de ce 5K 6-Max. Adrien Delmas, après avoir swingué tout le tournoi, a réussi à rallier les places payées, après une bulle qui a éclaté à la surprise générale, les organisateurs n’ayant pas mis à jour le compteur qui affichait 132 joueurs restants alors qu’ils n’étaient déjà plus que 124 en réalité.

Sonny Franco (114e) et Adrien Delmas (110e) furent parmi les premières victimes de l’épisode pop-corn inhérent aux minutes suivant l’éclatement d’une bulle de tournoi. Nous perdions également Mustapha Kanit (119e) qui avait pourtant monté un gros stack sur le Day 1 et qui doit donc se contenter d’un min-cash pour son premier tournoi disputé sur ces WSOP 2019.

Benoit Lam

Après une longue journée où les éliminations de têtes de série se sont enchaînées, Benoît Lam a également connu cette sensation désagréable de voir ses derniers jetons partir vers un ancien partenaire de jeu, à la 30e place de ce 5k$ 6-Max, pour un gain de 21 558 $.

Si vous n’avez pas entendu parler plus tôt de Benoît dans ce tournoi, c’est normal. Il est arrivé au tout début du Day 2 avec un tapis de 15 blindes pour commencer.

" J’ai doublé rapidement, paire de 7 contre paire de 4. Et à partir de là, j’ai grind, jusqu’à monter à 500k. J’étais assez respecté à ma table. Puis, j’ai commencé à perdre pas mal de petits coups. Et le coup charnière, c’est quand je perds As-Roi contre 8-9 dépareillé à tapis preflop contre un joueur qui avait une quinzaine de blindes. Après, j’arrive à la table de Pierre (Calamusa) un peu crippled et je perds As-3 contre As-Valet pour mes dernières 8 blindes. "

Joueur occasionnel plus habitué au cash-game (il jouait en high-stakes à Macao), Benoît Lam connaît très bien tous les membres du Team, qu’il cotoie souvent à Londres. Il loge d’ailleurs avec Davidi Kitai sur ce Vegas 2019 et m’explique, avec un sourire scotché à son visage, que les tournois, c’est sa nouvelle passion. " Ca me fait sortir de ma zone de confort. Quand je jouais en cash, j’étais très tight, c’était ma manière de gagner contre des adversaires plus forts que moi. En tournoi, j’apprends encore, mais je peux élargir mon jeu, et je m’amuse beaucoup. Je suis un joueur occasionnel, je joue pas beaucoup, mais je prends beaucoup de plaisir sur les tournois. "

Jérémy Saderne remporte le Mini Main Event

Jérémy Saderne apporte à la France le 2e bracelet tricolore de l'été Il remporte 628 654 $ et réalise la plus belle perf' de sa carrière Event #69 : Mini Main Event 1 000 $ (Finale)

Saderne_Win

Hier, au moment de son accession à la table finale, Jérémy Saderne me racontait qu'il s'était inscrit au tournoi un peu par dépit, pour se punir d'avoir de son propre aveu " jeté le 5k$ 6-Max ". Débarqué sur ce Mini Main Event en late reg avec seulement 15bb devant lui, Jérémy remporte deux jours plus tard le bracelet tant convoité et réalise la plus belle performance de sa jeune carrière, empochant 628 654 $, devant un rail tricolore qui a fait trembler le Rio toute la journée.

On savait que Jérémy Saderne, grinder de 27 ans qu'on avait découvert lors de sa victoire sur la finale du Winamax Poker Tour en 2016, était très apprécié de la communauté, et notamment des jeunes loups du Team Winamax Romain Lewis, Guillaume Diaz ou Ivan Deyra, avec qui ils partagent beaucoup du côté de Wimbledon. Hier, lorsqu'il devenait chipleader du tournoi à 9 joueurs restants, on avait vu débarquer une foule de français des quatre coins de Las Vegas. Tous y croyaient, pensaient que Jérémy allait succéder à Thomas Cazayous et ne voulaient pas rater ce moment. Le grand rassemblement tricolore fut repoussé au lendemain, parce que les organisateurs avaient décidé d’offrir plus de visibilité à cette table finale, à travers une diffusion sur PokerGo.

Saderne_Sourire

Les Français ont eu le temps de s’organiser. Ceux qui souhaitaient prendre part au Day 1A du Main Event attendraient la victoire de Jérémy pour prendre place sur le plus beau tournoi du monde, peu importe la durée de la table finale. La priorité, c'était de soutenir un compatriote et de vivre à travers lui le rêve de tout joueur de poker, devenir champion du monde et rejoindre le clan très restreint des vainqueurs de bracelet français.

Levé de bonne heure à cause du jetlag, Sonny Franco avait fait le taf pour les tricolores, en allant imprimer quelques t-shirts à l’effigie de Jérémy Saderne pour marquer le coup et offrir un peu de fantaisie à un rail qui répétait déjà les futurs chants qui allaient résonner dans tout le Rio, avec un Corentin Ropert déchaîné pour lancer la machine. Tout le monde était là, et ceux qui manquaient à l'appel allaient arriver dans les gradins au compte-goutte, motivés par l'alerte bracelet qui se rapprochait de plus en plus au fur et à mesure de la table finale.

Cette table finale n'aurait pas pu mieux démarrer pour la France, Jérémy Saderne s'adjugeant rapidement le chiplead en éliminant un short-stack de manière assez chanceuse, avec As-Sept contre les Dames à tapis preflop, sous les cris de bonheur du rail.

Taylor+rail

Mais tout ne pouvait pas être aussi facile, puisque Jérémy connaît alors sa première déconvenue contre l’atypique Lula Taylor, habituée des petits tournois à 200 $ de Reno, cumulant à peine 8 lignes Hendon Mob en 12 ans de poker. Jérémy perd un énorme coup à tapis preflop contre elle, avec une paire de 8 contre une paire de 10.

Revenu dans le ventre mou du classement, Jérémy Saderne va s’employer pour grinder de nouveau des jetons, se chargeant d’éliminer Stefan Widmer en 6e position sur une confrontation As-Valet contre As-Neuf à tapis preflop.

Rail

Les éliminations se succèdent alors et Jérémy va jouer deux coin flips pour sa survie, les deux contre Lula Taylor, en train de vivre le one time d'une vie, réalisant ici sa première véritale performance sur un tournoi d'envergure.

Le premier coin flip n'a été qu'une formalité pour le Français, sa paire de Dix s'imposant contre le As-Valet de la joueuse, le deuxième a été clairement le coup charnière de la table finale, un coup que Jérémy Saderne n'oubliera pas de si tôt.

Taylor_Saderne

A 3 joueurs left, Lula Taylor relance à 19 millions au bouton avec KT, Jérémy envoie son tapis pour 94 millions avec 66 en main. Lula Taylor ne prend pas très longtemps pour payer et tenter d'éliminer le Français. La tension est à son maximum, les français dans le rail ont les yeux rivés vers l'écran pour assister au dévoilement du flop, et Jérémy attend la sentence qui tombe sous la forme d'un flop K87c. Jérémy n'y croît plus vraiment, comme il nous le dira plus tard. " Je me suis fait à l'idée d'être troisième ! C'était déjà énorme ! " Il voit la croupière retourner un 2 sur la turn. Comme souvent, le rail n'abandonne jamais, on atteint les 100 décibels dans les gradins où les tricolores appellent un 6, seule carte qui permettrait à Jérémy de se sauver. Filmant à ce moment-là, Ivan Deyra me racontera qu'il ne discernait pas trop le nombre de carreaux gravés sur la carte qui est tombée sur la river. Il lui a fallu quelques millièmes de secondes pour compter. 2, 4, 6, OMG !!! C'est un improbable 6 qui tombe sur la river pour donner la gagne à Jérémy et provoquer l'hystérie collective du côté du rail. Arnaud Enselme saute la balustrade pour féliciter son pote qui vient de s'offrir le chiplead et de voir ses chances de bracelet se rapprocher.

Saderne_Win

Jérémy Saderne nous confiera après sa victoire ce qu'il a ressenti pendant ce coup incroyable : " J’attendais juste la fin du showdown pour buster troisième tranquillement, et là, je vois le 6, j'étais vraiment choqué. J’ai tout de suite réalisé, c’était incroyable, y avait une ambiance folle. Dans un tournoi de poker, c’est la première fois que je vois un truc pareil. Arnaud (Enselme), il s’est cru dans un stade de foot, genre but à la dernière minute, il a sauté par-dessus les barrières, c’était un moment unique et complètement dingue. "

Comme elle l'avait déjà fait après le coin flip perdu contre Jérémy, Lula Taylor félicite Jérémy Saderne, une attitude magnifique qui rendait cette table finale particulièrement fun et émouvante à suivre. Voir Jérémy Saderne rigoler avec cette dame sortie de nulle part, qui ressemblait plus à une cousine de Michel Polnareff qu'à une joueuse de poker, soutenue par un rail du troisième âge et vivant un moment magique en cette veille de fête nationale aux Etats-Unis relevait du miracle.

Les argentins avaient cru pendant un moment que leur protégé Andres Korn allait se retrouver en heads-up et en salivaient d'avance, mais au lieu de cela, Jérémy Saderne redevenait plus que jamais favori pour remporter le tournoi, désormais large chipleader.

La suite de la table finale ne sera qu'une formalité, Jérémy touchant à deux reprises une paire d'As, d'abord pour éliminer Andres Korn, ce dernier avait envoyé ses quinze dernières blindes avec une paire de 5, puis Lula Taylor, qui a 4-bet all-in avec Dame-Dix quand Jérémy Saderne détenait la meilleure main du Poker.

Saderne_Taylor

Main dans la main pendant le showdown après seulement cinq minutes de tête-à-tête, Lula Taylor et Jérémy Saderne regardaient la croupière dévoiler le dernier board de ce Mini Main Event, sur lequel il faudra attendre la dernière carte pour que le clan bleu-blanc-rouge laisse exploser sa joie. Jérémy Saderne devient alors champion du monde, et tout le monde semblait heureux pour lui dans le rail.

Saderne_Taylor

A titre personnel, c’est la première fois que j'ai les larmes aux yeux en voyant un Français gagner un titre, parce que cette victoire était magnifique à vivre, parce que c’était la victoire de tout un peuple, uni pendant ce moment qui restera à jamais gravé dans la mémoire du poker héxagonal. On nous demande souvent si on a envie que les joueurs français gagnent, ou si on préfère qu’ils perdent pour avoir un article plus court à écrire. Je peux vous assurer qu’en voyant l’émotion de Jérémy Saderne après le dernier showdown de ce Mini Main Event, on sait pourquoi on fait ce métier, et on peut enfin dire #Ilovemyjob sans en avoir honte. Parce que si on accepte de raconter des coin flips pendant des heures avec une clim' à vous rendre malade, c'est aussi pour vivre ce genre de grands moments, des moments rares, intenses, inoubliables.

La photo de groupe du bracelet de Jérémy Saderne en rappelle une autre, celle de Hugo Pingray quand il avait remporté le Monster Stack il y a cinq ans déjà. Des français heureux, ravis de se tasser pour entrer dans le cadre et dans un moment d'histoire pour le poker tricolore.

Saderne_TF

Emu, au bord des larmes, Jérémy Saderne peinait à réaliser ce qui venait de lui arriver. " Je réalise pas vraiment encore. Bien sûr, je suis fier, je n’ai jamais réellement pensé à gagner ce genre de tournoi. Je voulais juste essayer de vivre de la manière qui me convenait le mieux, c’est pourquoi j’ai fait en sorte d’être joueur pro. Aujourd’hui, ça me dépasse, je sais pas trop, j’en reviens pas vraiment, je suis juste content de ce qui m’arrive depuis que je suis tout petit et aussi depuis que je vis du poker. Ca fait du bien, c’est ma plus grosse performance, c’est beaucoup trop d’argent, l’humain n’a pas besoin d’autant pour vivre. "

Pas encore de célébration prévue, parce que tous ses amis du poker ont un Main Event à jouer ces jours-ci, mais Jérémy Saderne compte bien trouver le bon moment pour remercier tous les français présents aujourd'hui dans le rail pour lui avoir fait vivre un moment dont il se souviendra toute sa vie.

Résultats - Mini Main Event

5 521 inscriptions - Prize-pool : 4 968 900 $

Vainqueur : Jérémy Saderne (France) 628 654 $ Runner-up : Lula Taylor (Etats-Unis) 388 284 $ 3e : Andres Korn (Argentine) 287 219 $ 4e : Yi Ma (Chine) 214 047 $ 5e : Koji Takagi (Japon) 160 715 $ 6e : Stefan Widmer (Suisse) 121 586 $ 7e : Philip Gildea (Irlande) 92 686 $ 8e : Ben Allogio (Etats-Unis) 71 199 $ 9e : James Stewart (Etats-Unis) 55 188 $

C'est encore mieux à deux

Pierre Calamusa et Joao Vieira atteignent ensemble la table finale d'un des tournois de Hold'em les plus relevés de l'année Event #70 : NLHE 6-max 5 000 $ (Fin du Day 3 - 6 joueurs restants)

Pierre Calamusa / Joao Vieira
Comme c'est agréable, quand les planètes s'alignent de cette manière ! Né lors de l'édition 2005, l'épreuve de No-Limit Hold'em 6-max des WSOP est devenue au fil des années un passage obligé pour tous les jeunes joueurs de la nouvelle génération formée sur Internet, où les tables short-handed sont la règle plutôt que l'exception.

Le « 5K 6-max » est un rendez-vous incontournable du Team Winamax depuis ses débuts : logique donc pour les équipes de Dans la Tête d'un Pro que d'y poser régulièrement ses caméras. Tournée il y a maintenant douze mois, la saison actuellement diffusée sur notre chaîne Youtube a vu Romain Lewis puis Guillaume Diaz briller chacun à leur tour. Cette année, c'est une double dose dont vous allez profiter : c'est main dans la main que Joao Vieira et Pierre Calamusa ont atteint mercredi soir la finale de ce tournoi ô combien prestigieux !

LeVietF0u : patience récompensée

Pierre Calamusa
Le Day 3 a duré quelque choses comme dix heures, durant lesquelles le field est passé de 28 à 6 joueurs. Pour Pierre Calamusa, la journée « fut » bonne. LeVietF0u a vécu une longue période short-stack entre 10 et 20 blindes. Loin de se décourager, Pierre est resté patient, trouvant finalement les bons spots pour décrocher son siège pour la finale à 7. On le retrouvera jeudi sur le podium télévisé avec un stack certes réduit (27 blindes, cette zone qu'il nous confiait il y a une semaine être la plus dure à jouer pour lui) mais des chances intactes. « C'est reposant, de jouer avec peu de jetons. Il y a peu de décisions à prendre ! »

De la patience, tout le monde en a eu besoin aujourd'hui : plus de quatre heures de jeu ont été nécessaires pour obtenir les trois derniers sortants de la journée.

Un call d'exception

Joao Vieira
Et le plus beau coup de poker que nous avons vu aujourd'hui (cette semaine ? ce mois-ci ?) fut un véritable test de patience. Une plongée en apnée de dix minutes, montre en main, au terme de laquelle Joao Vieira nous a gratifié d'un hero call propre a susciter un sifflement admiratif chez le maître en la matière, Davidi Kitai.

La main vaut la peine d'être racontée en entier, car (hélas) on la verra pas dans DLTDP : Joao et Pierre étaient à ce moment-là séparés.

Il est 22H30 et les 8 derniers joueurs sont répartis autour de deux tables. La main débute avec une relance à 180 000 d'Ankush Mandavia. De petite blinde, Joao Vieira 3-bet. Mandavia paie et le flop tombe A77.

Joao c-bet 430 000. Mandavia reste dans le coup.

Turn : Q. Joao tapote la table, laissant l'initiative à Mandavia qui en profite pour miser 425 000. Joao paie.

Joao Vieira
Rivière : 2. Un dernier check de Joao. Mandavia mise. Cher, très cher : 1,2 million, se laissant 275 000 derrière. Avec moins de 1,7 million, Joao joue son tournoi sur cette main. C'est le moment de vous réveler ses deux cartes : KK. Pas de carreau en main qui bloquerait la couleur max en fait et rendrait sans doute le call plus évident : sa paire de Rois ne sert qu'à battre un bluff.

Mandavia bluffe t-il ? Joao va prendre son temps avant de se décider. Tellement de temps que des protestations finiront de venir de la table d'à côté, en particulier de Barry Hutter : l'Américain est short-stack et se désole de voir défiler les blindes à sa table tandis que le Portugais du Team étale sa réflexion pendant plusieurs minutes. Joe Cada approuve mais malgré leurs protestations, le floor refusera de lancer le mode « main par main » réclamé par les deux joueurs.

Finalement, après presque dix minutes de réflexion, Joao va avancer un unique jeton au milieu, signifiant un call. Mandavia ne retourne pas immédiatement ses cartes : Joao comprend qu'il a gagné. Mandavia montre… 109 pour le plus énorme des bluffs.

Joao Vieira
Le pot du chip-lead pour Joao Vieira

Avec ce pot de 5,5 millions, Joao s'emparait alors du chip-lead. Même une seconde paire de Rois, cette fois craquée par un autre joueur short-stack, ne suffira pas à le faire tomber de son piédestal.

Une fois la journée terminée, impossible de ne pas demander à Joao ce qui lui est passé par la tête au moment de faire ce call d'exception. Au début, Naza se montre réticent : « Je préfère ne rien dire… C'est une information qui va me resservir ! » Avant de concéder que oui, il avait vu un tell. « Je l'avais vu faire quelque chose sur le turn. Sur la rivière, j'ai attendu, attendu, pour voir s'il allait refaire ça. Au moment où il a recommencé, ma décision était prise. J'avais déjà calculé la cote, j'avais déjà réfléchi aux mains qu'il pouvait avoir. Il fallait que ma main soit bonne une fois sur 5 pour que le call soit correct. Et puis j'ai revu son tell. Evidemment, au moment de payer, mon coeur battait à 1 000 à l'heure ! » On demande à Joao d'estimer la valeur financière de ce call, au regard de l'échelle des prix et de son stack. « C'est simple, en fait : si je paie et perds, il me reste 4 blindes, donc c'est plus ou moins fini. Si je paie et gagne, j'ai deux fois la moyenne, la finale est proche, donc je peux envisager sereinement la troisième place ou mieux. Donc oui, c'est un call à 300 000 dollars, grosso modo. » Pour expliquer sa méthode, Joao en réfère à la notion clé de l'empathie : « Je me demande en permanence 'comment mon adversaire joue ?' Si on arrive à se mettre à la place de l'autre, c'est plus facile. Là, je sais qu'il est capable de float pour bluffer ensuite. Et il sait que je le sais, c'est sûr. A partir de là, est-ce qu'il est capable de le faire pour très cher ? La réponse est positive aussi. »

Depuis maintenant quatre semaines, Joao Vieira grinde quotidiennement les tournois du Rio, ne refusant aucun combat, quelle que soit la variante, quel que soit le buy-in. Son été fut long, ses six places payées masquant une floppée d'éliminations frustrantes, souvent avec la meilleure main, plusieurs fois à la bulle (comme sur le PLO High-Low ou le satellite pour le PPC 50K$). Pourtant, hors de question pour le Portugais de succomber à un schéma de pensée « result oriented » : « Comme j'avais expliqué à tes collègues il y a quelques jours, la performance importe plus que le résultat. Les résultats sont souvent trompeurs. Tous les jours, je travaille, je me prépare, et je me dis que j'ai de bonnes chances d'y arriver. » Quand on a, comme Joao, disputé plus de 4 000 tables finales online en MTT, quelques semaines frustrantes ne risquent pas d'entamer la confiance et la concentration d'un joueur comme lui.

Chip-leader il y a 24 heures, Joao l'est toujours au moment d'entamer la onzième finale live de sa carrière. « Je pensais que j'allais atteindre une finale en Mixed Games d'abord, je le voulais, même ! » Il devra se contenter d'un « banal » tournoi de No-Limit. Avec plus de 750 000 $ à la clé tout de même !

Demi-finales
De son côté, Pierre aura forcément une partie plus compliquée, de par son stack plus faible et une place à table le mettant dans le viseur direct de Joao. Mais pas le temps de gamberger pour LeVietF0u, qui aura à peine le temps de dormir (et peut-être d'aller à la muscu au réveil, « histoire de sécreter un peu d'adrénaline ») avant de reprendre la partie. Lui aussi voit son travail intense (stratégique, physique et mental) récompensée par une finale qui sera à coup sûr suivie par un large rail français, y compris la majorité de ses collègues du Team Winamax.

Le saviez-vous ?

Deux petites infos marrantes pour briller en société :

Est-ce la première fois que deux joueurs du Team Winamax atteignent la même finale WSOP ? Réponse : non ! En 2009, la paire Anthony Roux / Almira Skripchenko atteignait la finale d'un NLHE à 2 000 $ rassemblant 1 700 joueurs, terminant respectivement en 5e et 7e place. On s'était donnés rendez-vous dans dix ans.

Le 5K 6-max est le tournoi préféré des grinders et autres petits jeunes « online ». Mais au fait, qui avait remporté la toute première édition de ce tournoi en 2005 ? Vous ne devinerez jamais, et pourtant c'est quelqu'un que vous connaissez bien. Vous l'avez ? Non ? Il s'agissait tout simplement de… Doyle Brunson. Un tournoi de jeunes, vous avez dit ?

La finale

TF 6 max
De 815 joueurs au départ, ils ne sont plus que six à pouvoir encore prétendre à la victoire. Le champion du monde 2009 Joe Cada est à la recherche d'un cinquième bracelet. Etonnant : le régulier des highrollers Olivier Busquet n'en possède encore aucun !

Siège 1 : Barry Hutter (USA) 1 265 000 (13 BB)
Siège 2 : Olivier Busquet (USA) 4 050 000 (41 BB)
Siège 3 : Jamie O'Connor (UK) 5 190 000 (52 BB)
Siège 4 : Pierre Calamusa (France, Team Winamax) 2 700 000 (27 BB)
Siège 5 : Joao Vieira (Portugal, Team Winamax) 7 635 000 (76 BB)
Siège 6 : Joe Cada (USA) 3 105 000 (31BB)

Blindes 50 000 / 100 000

Les prix

Vainqueur 758 011 $
Runner-up 468 488 $
3e : 317 956 $
4e : 219 468 $
5e : 154 112 $
6e : 110 127 $

Rendez-vous jeudi à 21h

La finale du 5K 6-max débutera à midi, heure locale, soit 21h en France, et sera diffusée en intégralité sur PokerGO, le service de streaming officiel des WSOP. On compte sur vous pour soutenir en nombre nos pros !

Benjo

960 joueurs franchissent le Day 1A

Désert

Day 1A : plus de 1 300 joueurs (encore à déterminer) / 960 restants (dont 13 Français) - Chipleader : Bryan Campanello (USA) 417 500

CLIQUEZ ICI POUR LE CLASSEMENT COMPLET ET DEFINITIF DU DAY 1A

Top 10

Bryan Campanello (USA) 417 500 Timothy Su (USA) 297 300 Quentin Roussey (France) 266 400 Takehiro Kato (Japon) 259 200 Charidimos Demetriou (Estonie) 252 000 Craig Chait (USA) 249 600 Stephen Graner (USA) 247 100 Mark Zullo (USA) 245 600 David Lolis (USA) 245 100 Thomas Roupe (USA) 238 800

Trio magique

13 Français

3 Quentin Roussey 266 400 31 Jimmy Kebe 188 200 49 Pierre Barthelemy 172 200 103 Fabrice Soulier 146 400 156 Romain Lewis (Team Winamax) 127 400 235 Kalidou Sow 110 000 301 Romain Nussmann 100 000 520 Ivan Emanuely 69 200 567 Cyril Andre 64 100 622 Bertrand Rosique 57 200

643 Jean Souprayenmestry 55 300 777 Julien Loire 40 400 871 Gaelle Baumann (Team Winamax) 26 200

Reste du field (sélection)

38 Qui Nguyen (USA) 180 500 67 Martin Kabrhel (Rép Tchèque) 164 500 85 Jack Sinclair (UK) 153 800 102 Isaac Baron (USA) 146 600 124 Kelly Minkin (USA) 137 100 147 Igor Kurganov (Russie) 129 100 155 Connor Drinan (USA) 127 400 167 Brian Hastings (USA) 124 200 323 Justin Bonomo (USA) 96 000 397 Joao Barbosa (Portugal) 83 700

459 Jay Farber (USA) 76 300 479 Elio Fox (USA) 73 400 568 Ben Yu (USA) 63 600 621 Erik Seidel (USA) 57 400 672 Michael Gathy (Belgique) 52 000 720 Andy Black (Irlande) 46 000 728 Stephen Chidwick (UK) 45 000 844 Leo Margets (Espagne, Team Winamax) 31 500 862 Sam Chartier (Canada) 29 000 903 Dan Smith (USA) 21 700

Blindes au départ du Day 2 : 300 / 600, antes 100 Chipcount complet

Comme prévu, ils ne se sont pas fait de cadeaux

Ratrappé par la structure, Pierre Calamusa est éliminé en 4e place par son coéquipier Joao Vieira (219 468 $) Porté par un rail de copains en forme olympique, LeVietF0u aura tout de même eu le temps de vibrer sur le podium télévisé Event #70 : NLHE 6-max 5 000 $ (Finale - 3 joueurs restants)

Pierre Calamusa
Les fans le redoutaient, les protagonistes s'y étaient préparés : l'affrontement fratricide Team Pro contre Team Pro a eu lieu. Avec seulement cinq joueurs restants dans l'un des plus beaux tournois de l'année, des écarts de tapis se resserrant de plus en plus, et une somme mirobolante à aller chercher (en plus du bracelet !), il était écrit que Pierre Calamusa et Joao Vieira n'allaient pas se faire de cadeaux. De fait, la chose était entendue bien avant que les deux ne prennent place sur le podium télévisé : une fois la partie commencée, l'amitié et l'esprit d'équipe sont mis au rencart - plus qu'un principe, il s'agit quasiment d'une religion au sein du Team. Hier, au cours de demi-finales tendues, Pierre et Joao avaient déjà eu l'occasion de croiser le fer à de nombreuses reprises : sans surprise, l'affrontement s'est poursuivi aujourd'hui... et n'a pas tourné à l'avantage d'un VietF0u clairement désavantagé au niveau des jetons, donnant l'opportunité à Joao de faire usage de son gros stack à plusieurs reprises.

On a vu le Portugais 3-bet préflop son homologue Français à plusieurs reprises, jouant son rôle de chip-leader pour forcer Pierre à prudemment abandonner. Après avoir bénéficié d'un joli coup de chance d'entrée de jeu (une paire de Valets gagnante contre les Dames de Jamie O'Connor), Pierre fut ensuite contraint de "« rendre » un peu d'EV lorsque son As-Roi ne resta pas en tête contre le As-Dame d'un Joe Cada qui profita immédiatement de ces jetons nouvellements acquis pour doubler à nouveau contre Olivier Busquet avec deux Rois contre deux 7.

Pierre Calamusa
Juste avant la première pause de la journée, après deux heures et demie de jeu, les deux coéquipiers ont disputé un coup pivot. Sur la rivière d'un board 743A5, Joao est entré dans une longue réflexion après avoir observé Pierre miser 600 000, presque la moitié de son tapis. Alors que les joueurs et spectateurs quittaient déjà le podium télévisé pour profiter de quinze minutes de break, Joao a continué de réfléchir, avant de finalement se décider à payer. Sa main était marginale sur ce board (une pocket paire de 9), mais la décision était juste, à l'image de ce call extraordinaire signé la veille, en demi-finales : Pierre était bel et bien en bluff avec Q4 (4e paire), et c'est dépité qu'il partait en pause, avec juste cinq blindes restantes en guise de tapis.
Pierre Calamusa
Malgré un double-up dès la reprise (K8), célébré avec fracas par un rail français tout acquis à sa cause, Pierre n'allait pas réussir à remonter la pente. Avec un petit peu plus de réussite, les choses auraient pu se passer autrement : les tapis des quatre derniers joueurs oscillaient entre 15 et 40 blindes. Autrement dit : le short-stack n'était potentiellement qu'a un double-up du chip-lead. Le all-in préflop représentait le dernier recours de Pierre : sa troisième relance à tapis successive fut payée par un Joao détenant un AK largement suffisant pour tenter l'élimination. Avec A7, Pierre et son parterre de fans-slash-amis ont cru un instant à un nouveau miracle après l'apparition du 7 sur le flop. Lorsque le K est tombé sur la rivière, Pierre est resté étrangement calme... Comme s'il s'était préparé à ne pas "chatter" ce coup, comme s'il savait que le vent n'était pas dans son dos aujourd'hui, c'est tout sourire que Pierre a serré la main de ses trois derniers adversaires, et tiré sa révérence devant des gradins bourrés de visages familiers : Davidi, Volatar, Romain, ValueMerguez, Tony, Victor Choop, Ragnarok235, Aladin, Léo, Aurélie, Don Limit...
Pierre Calamusa
Que retenir de cette quatrième place sur le 5K 6-max des WSOP ? Financièrement, cela représente le deuxième plus gros gain en live de Pierre, trois ans après sa cinquième place sur l'EPT Monte Carlo. Presque 220 000 dollars, c'est un très joli pactole si l'on se rappelle que LeVietF0u était à tapis largement dominé trois heures plus tôt, dès la première orbite. Pour le reste, Pierre préfère rester positif. "Je ne suis pas très déçu. On a tous été un peu ratrappés par la structure. Avec mon faible tapis, je n'avais pas de latitude pour être agresser, être le premier relanceur. Je n'ai jamais eu le stack qui m'aurait fait espérer gagner. Cela fait partie de la variance. Je ne dois pas oublié que j'ai chatté d'entrée de jeu."
Pierre Calamusa
Avant de sauter, Pierre a eu l'occasion de vibrer avec deux double-up célébrés dans un joyeux vacarme

Pas de bracelet au poignet de Pierre, pas encore, mais sa première finale WSOP restera à jamais gravée dans sa mémoire, et c'est important aussi : « Ce sont des émotions de malade, je joue pour ce genre de souvenirs. » Ce genre de souvenirs, c'est la vision du poker comme un sport collectif, un sport de supporters, ou toute une bande de copains enchaîne des chants de football détournés, hurle et vibre comme un seul après chaque pot remporté. 24 heures après la victoire bruyante de Jérémy Saderne, nous avons eu de nouveau l'occasion de vivre ces moments sur le podium télévisé aujourd'hui. « Avec mon petit stack, je devais jouer chaque main l'une après l'autre, du coup j'ai sans doute eu un peu plus de place pour m'amuser que les autres joueurs. Le Team Winamax, c'est aussi l'occasion de transformer le poker, un truc individuel, en un truc collectif. »

Epilogue : Si vous êtes du genre insomniaque, vous savez déjà, au moment de lire cet article, que Joao Vieira n'a ensuite fait qu'une bouchée de ses deux derniers adversaires : 18 mois après avoir intégré le Team, le portugais vit une consécration bien méritée sur le circuit live. On vous en parle, évidemment, en long et en large dans un prochain article.

Benjo

Le goût du travail bien fait

Joao Vieira remporte l'Event #70 (NLHE 6-handed 5 000 $) Ce premier bracelet vient récompenser la patience et le travail du portugais aux 4 000 finales online Le Team Winamax fête avec joie une collection de bracelets qui s'agrandit

Victoire !
"La performance m'importe, pas le résultat."

C'est avec ces mots que nous choisissions de titrer un long entretien que nous avait accordé Joao Vieira il y a moins de dix jours. Cette citation nous semblait résumer parfaitement la philosophie et l'éthique du travail irréprochable du pro portugais. A savoir : ne pas se focaliser sur la fin d'un tournoi, souvent (presque tout le temps, en fait) insatisfaisante, ne pas se laisser miner par cette satanée variance, les bad beats, les éliminations à la bulle mais plutôt se concentrer à 100% sur tout le travail que l'on doit accomplir en amont, dans un monde du poker toujours plus pointu, toujours plus compétitif. La préparation (aussi bien stratégique, que mentale et physique), les décisions que l'on prend chaque minute, les plus cruciales comme les plus anodines, la recherche constante d'edge, millimètre par millimètre : voilà ce qui compte vraiment. Si l'on arrive préparé pour perfer, alors les résultats suivront forcément.

Victoire !
Aujourd'hui au Rio, les résultats de Joao Vieira se sont parfaitement accordés avec sa performance. Au terme d'une finale menée avec sang-froid, méthode et détermination, le portugais remporte à 29 ans son premier bracelet de Champion du Monde sur l'une des épreuves de No-Limit les plus difficiles de l'année, le fameux 6-max à 5 000 $ ayant attiré cette année un field record de 815 inscrits. Les 758 011 dollars de la première place font passer son total de gains de carrière live à plus de 3,3 millions, cimentant sa place au sommet de la All Time Money List de son pays.

Au cours des cinq dernières semaines, nous avons pu voir Joao débarquer chaque jour au Rio pour disputer une nouvelle épreuve, dans tous les formats possibles, à tous les tarifs proposés. Les résultats frustrants se sont enchaînés (plusieurs min-cash, quelques bulles, beaucoup de bad beats), mais la frustration n'était que de notre côté, celui des observateurs. Rien de tout ça chez Joao, pour qui seul comptait le fait d'avoir joué le mieux possible : le reste n'était que littérature, et après chaque bust, il ne lui restait qu'à penser au prochain tournoi. Aujourd'hui, au moment de mettre le bracelet à son poignet après toutes ces journées passées à sauter, sauter et encore sauter, le portugais n'estime donc pas que justice a été rendue.

Joao Vieira
"Au poker, je ne crois pas à la justice, je crois surtout au travail", a expliqué Joao aux journalistes. Tout en admettant que remporter le trophée le plus convoité des joueurs de poker le "soulage d'un poids". Pendant longtemps, le travail et les résultats de Joao sont restés relativement underground, comme un secret bien gardé, partagé par quelques initiés dressant la liste des "meilleurs joueurs dont on ne parle pas assez". Témoin ce tweet du pro anglais Patrick Leonard publié à la veille de la finale : "Ce mec a eu un run dégueulasse tout l'été, mais il continue de se pointer chaque jour et de très bien jouer avec une belle mentalité. Il est un modèle pour tous les aspirants professionnels." Dans l'ombre, celui qui fut a 15 ans le plus jeune basketteur professionnel du Portugal a passé les huit dernières années à patiemment construire l'un des plus beaux palmarès de l'histoire en ligne, avec, de son propre décompte, "plus de 4 000 finales disputés" et des millions de dollars de gains le plaçant aux côtés de joueurs comme Chris Moorman au panthéon des joueurs de l'ère Internet. Depuis des lustres, Joao jouissait de la reconnaissance de ses pairs, les autres pros, les acharnés de travail, les grinders world class : avec son entrée dans le club des vainqueurs WSOP se profile une médiatisation accrue, et donc la reconnaissance du public.
Rail FR
Mais attention, Joao prévient : cette consécration n'est pas un point culminant, elle n'est que le début. "Le premier bracelet, c'est une belle étape, mais ce n'est pas une fin en soi, j'ai des objectifs plus ambitieux. Je travaille sur beaucoup, beaucoup de compartiments du jeu, j'ai donc encore beaucoup, beaucoup d'autres choses à prouver." Joao a les chiffres précis en tête : "Il y a 89 bracelets distribués chaque année. Je me verrais bien en remporter cinq..."

Parmi les secteurs sur lesquels Joao avait récemment bossé : les lectures (« live reads »), les fameuses tells. On a eu l'occasion d'en avoir la démonstration hier soirs, avec un incroyable call valant plusieurs milliers de jetons sans lequel il n'aurait proablement pas soulevé le trophée aujourd'hui. La suite, pour Joao, va ressembler à ce qui a précédé : « Je vais continuer de bosser, rester humble. Je reste la même personne, avec les mêmes buts. » Tout en concédant « avoir du mal à réaliser ce qui se produit. Quand on s'assoit à table, on doit tout oublier, mettre de côté les émotions. J'ai été tellement concentré pendant quatre jours que je me sens comme anesthésié… »

Un finish en accéléré

Heads Up
De cette finale jouée à rythme rapide (cinq heures, pauses comprises, entre le coup d'envoi à six et la dernière élimination), on retiendra l'impressionnante poussée finale de Joao, qui s'est lui-même chargé d'éliminer ses trois derniers adversaires en moins de 90 minutes. Le coéquipier Pierre Calamusa d'abord, puis l'Anglais Jamie O'Connor, aidé (sic) par un rail britannique où l'alcool a coulé à flots, et enfin Joe Cada, déjà légendaire à 31 ans seulement.

Joe Cada
Depuis sa victoire sur le Main Event en 2009 (après avoir infligé le plus cruel des bad beats à un certain Antoine Saout), Cada a surfé sur l'une des plus belles vagues de l'histoire moderne des WSOP, collectant trois bracelets supplémentaires en dix ans, et terminant à dix reprises dans le Top 10 d'une épreuve des Championnats du Monde, dont une nouvelle finale Main Event l'an passé. Mais le cinquième bracelet devra attendre : parti à l'avantage en jetons, Cada a rapidement perdu un coup crucial qui a plus ou moins scellé l'issue du match, en payant perdant sur la rivière d'un board 542KA après de longues minutes de réflexion. Face à la relance finale de Joao avec 43, ses deux paires As-5 n'étaient pas bonnes, mais il ne sut trouver le call et c'est recroquevillé dans son fauteuil, visiblement abattu, qu'il découvrit la quinte de Joao.
Heads Up
A peine entamé, le dernier duel du tournoi était déjà en train de se terminer : Joe Cada ne se remit jamais de ce coup de batte. Six mains plus tard, les deux joueurs étaient à tapis avant le flop pour une confrontation ô combien classique. As-Roi est resté en tête contre As-Dame : le Team Winamax pouvait exhulter.

Une victoire collective

Victoire !
Car la victoire de Joao Vieira est aussi le triomphe d'une stratégie de groupe, celle du Team Winamax, collection de joueurs de haut niveau démontrant depuis 2007 que si le poker reste un jeu où l'on gagne seul, le chemin pour y parvenir est plus facile à emprunter lorsque l'on est bien entouré. Ce sacre agrandit une collection de bracelets entamée par le Génie Belge Davidi Kitai en 2008 et confirmée en 2013 et 2014. Ajoutons-y les titres WSOP remportés en dehors du Team par le plus célèbre amateur de France Patrick ■■■■■ (1998) et la maquina Adrian Mateos (2013, 2016 et 2017), et l'on obtient une armoire remplie de huit bracelets dorés à la saveur résolument internationale.
Rail FR
Massés derrière le rail tout au long de la finale, puis devant les objectifs des photographes pour la photo souvenir, les coéquipiers de Joao ne tarissaient pas d'éloges sur celui qui a rejoint le groupe il y a maintenant 18 mois. Recruté sur la foi de résultats online béton et d'une force de travail semble t-il illimitée, Joao n'avait pas mis longtemps abant d'impressionner ses nouveaux coéquipiers, à la table comme lors des discussions stratégiques quotidiennes du Team. "C'est un des tous meilleurs, clairement", lâchait par exemple Ivan Deyra. "D'abord par la quantité de ses victoires, mais aussi pour le mental. Sur ces WSOP, et ceux de l'an dernier, il n'a pas run fluide du tout. Et pourtant il se pointe à chaque tournoi, aussi fort que le jour précédent. C'est impressionnant." On ne change pas de thème : le travail paie. C'est si simple et si compliqué à la fois : "De nous tous, c'est lui qui est le plus obsédé par le jeu. Il est tout le temps dedans, c'est un vrai bosseur. Et ce n'est sûrement que le début..."
Victoire !
Aurea, la fiancée de Joao, fut aussi un soutien de tous les instants

La satisfaction est forcément au rendez-vous pour le « papa » du Team, celui qui le façonne au quotidien : le coach et manager Stéphane Matheu. « Joao, c'est un modèle de travail, d'humilité, d'abnégation et de résilience. Au fil du temps, assez vite finalement, il s'est imposé comme un leader du groupe, d'une manière naturelle, évidente, simplement par l'exemple qu'il donne aux autres. Alors, forcément, je suis très heureux pour lui que ses efforts soient aujourd'hui récompensés par un titre aussi prestigieux, à la hauteur des valeurs de champion qu'il incarne ». Cette victoire, c'est aussi celle des valeurs défendues par le coach, qui ne peut s'empêcher de se projeter, déjà, vers les prochains succès : « Je suis enthousiaste et impatient de découvrir la suite pour lui et le Team, tant cette victoire est une source d'inspiration et d'émulation ! »

Résultats - NLHE 6-handed 5 000 $
851 inscriptions - Dotation 3 789 7590 $

Victoire !
Vainqueur : Joao Vieira (Portugal, Team W) 758 011 $

Runner-up : Joe Cada (USA) 468 488 $
3e : Jamie O'Connor (UK) 317 956 $
4e : Pierre Calamusa (France, Team Winamax) 219 468 $
5e : Olivier Busquet (USA) 154 112 $
6e : Barry Hutter (Floride) 110 127 $
7e : Timothy Cramer (USA) 80 109 $

Benjo

El regreso de la máquina

Adrián Mateos est en finale du High Roller à 50 000 $ ! Le Madrilène est deuxième en jetons sur les sept derniers finalistes 212 000 $ dans la poche, 1,6 million à aller chercher Event #90 : NLHE Final Fifty 50 000 $ (Fin du Day 2)

Adrián Mateos

"Je suis sûr que le meilleur est à venir, alors on se dit à bientôt !" Ainsi bouclait Adrián Mateos son dernier article en date sur le blog du Team Winamax. Un papier écrit depuis Alicante, où il se rend deux semaines depuis l'an passé pour couper de Vegas et dans lequel il se satisfaisait du chemin déjà accompli sur ses WSOP (cinq places payées dont une 22e place sur le "3K 6-Max"), tout en renouvelant son envie de vouloir "aller au bout." Comprenez par là, décrocher un quatrième bracelet. Ce mercredi 10 juillet 2019, le Madrilène aura l'occasion de devenir, selon nos recherches, le plus jeune joueur de l'histoire à accrocher à son poignet une quatrième breloque, un peu plus d'une semaine après avoir soufflé sa 25e bougie.

La possibilité d'un tel exploit est à la hauteur de l'homme accompli qu'il est devenu en un rien de temps : toujours déterminé, toujours souriant, toujours en pleine forme (ou du moins en apparence), même après une nouvelle journée de poker dans la foulée d'un Day 1 qui s'est achevé la veille aux alentours de quatre heures du matin. Surtout, cette nouvelle finale tend à nous rappeler que le jeune Espagnol reste un compétiteur né, même à mi-chemin d'une année compliquée pour lui en termes de résultats. La statistique paraît folle : en s'assurant la septième place de ce tournoi, Adrián va, au minimum, multiplier par trois ses gains bruts depuis janvier. Après avoir subi les affres de la variance pendant un peu plus de sept mois, la máquina a enfin réussi à prendre la bonne vague. Demain, il sera en plein coeur du tube.

Adrián Mateos ITW

Ce n'est évidemment pas une surprise si l'homme qui a relancé presque à lui tout seul l'engouement autour du poker en Espagne retrouve le chemin du succès sur un type de tournoi bien spécifique, qu'il affectionne et qu'il connaît par coeur : un High Roller à 50 000 $ que l'on qualifiera de Semi-Turbo (chaque niveau dure 40 minutes). Ajouté au dernier moment au calendrier de ces 50e WSOP, sous la pression d'une poignée de ballas qui trépignaient à l'idée de devoir attendre jusqu'à jeudi pour se lancer sur le 100 000 $ de clôture, celui qui répond au doux sobriquet de "Final Fifty" a rassemblé 123 inscriptions (grâce à un système de re-entries illimités) dont, celui Adrián lui-même "environ 25 joueurs récréatifs." Au cas où vous vous poseriez la question, pour un tiburón comme notre pro, cela constitue un excellent ratio.

Cela n'a pourtant pas empêché notre pro de tirer, dès son entrée en lice, "l'un des tables les plus compliqués qu['il a joué] de toute sa carrière." Notre máquina aurait-il tenté le bon vieux coup du "whine for win" ? Toujours est-il que malgré cette adversité, il a bouclé son Day 1 dans le Top 4, avant une deuxième journée riche en émotions. "Avec une structure comme celle-ci, il faut jouer énormément de coups, dont beaucoup à tapis préflop. Il y a eu énormément de mains clés aujourd'hui : je suis tombé à 600 000 après avoir perdu avec deux Dames contre As-Dame, j'ai doublé avec une paire d'As pour ensuite me maintenir un bon moment autour de la moyenne, avant de gagner avec deux Valets contre As-10, deux Rois contre deux Dames puis As-5 contre As-9." Un dernier coup qui fut aussi le dernier de la journée, signant l'élimination de l'Américain Seth Davies (8e, 167 420 $). "J'ai run mieux que mes adversaires," résume simplement Adrián, qui attaquera le Day 3 avec le deuxième tapis sur les sept derniers prétendants au titre, hors de position toutefois sur les deux joueurs qui l'encadrent au classement : le chipleader Brandon Adams, récemment titré sur un 3 200 $ Online et l'Australien Michael Addamo.

"Je n'ai pas de plan précis pour demain autre que d'arriver reposé et de donner le meilleur de moi-même, avance la machine espagnole. L'ICM aura évidemment son importance, surtout avec de tels paliers (voir plus bas) mais je vais jouer pour gagner. Ce quatrième bracelet, c'est évidemment une motivation supplémentaire par rapport aux High Rollers classique que l'on joue le reste de l'année. Ce sont les WSOP, c'est une ambiance et un cadre incroyable. Je remercie d'ailleurs toute la communauté espagnole, qui m'offre tout son soutien. C'est complètement fou !" Nul doute qu'ils seront nombreux à suivre leur poulain sur PokerGo à partir de 22 heures en Europe (13 heures ici pour bénéficier des cartes dévoilées). Nous serons de notre côté sur le pied de grue dès midi pour ne rien manquer. En plus du bracelet, Adrián Mateos a 1,6 million de dollars à aller chercher. Après Adrien Delmas, Ivan Deyra et bien sûr João Vieira, son tour est venu cette année de faire briller ici, dans l'Amazon Room du Rio, sous les spotlights d'une table télévisée, ce W rouge qui nous tient tant à coeur. Adrián, nous n'avons que trois mots à te dire : ¡A por ellos!

Le casting de la table finale

TF Bagging

En plus d'Adams et Addamo, déjà cités, Adrián Mateos devra en découdre avec l'une des nouvelles valeurs sûres de la scène High Roller Danny Tang, l'étoile montante du poker américain Ali Imsirovic, le discret mais efficace Keith Tilston et le roublard (pour être gentil) Sam Soverel, l'homme par qui la polémique était arrivée, déjà sur un 50k$, en début de WSOP.

1/ Brandon Adams (USA) 11 970 000 (74 BB) 2/ Michael Addamo (Australie) 5 765 000 (36 BB) 3/ Danny Tang (Hong-Kong) 4 550 000 (28 BB) 4/ Keith Tilston (USA) 1 500 000 (9 BB) 5/ Ali Imsirovic (USA) 2 190 000 (13 BB) 6/ Sam Soverel (USA) 3 600 000 (22 BB) 7/ Adrián Mateos (Espagne, Team Winamax) 7 375 000 (46 BB)

Tableau de bord 7 joueurs restants (sur 123 entrées) Blindes : 80 000 / 160 000 (pour 23 minutes) Tapis moyen : 5 271 429

Échelle des gains Vainqueur : 1 608 406 $ Runner-up : 994 072 $ 3e : 697 375 $ 4e : 500 282 $ 5e : 367 186 $ 6e : 275 874 $ 7e : 212 292 $

Une journée à l'envers

Adrián Mateos éliminé en cinquième place En attendant son 4e bracelet, l'Espagnol encaisse 367 186 $ Event #90 : NLHE Final Fifty 50 000 $ (Day 3 et Finale)

Table Finale

Il y a des journées, comme celle d'hier pour Adrián Mateos, où tout se passe bien pour vous à une table de poker. "J'ai mieux run que mes adversaires," résumait la máquina dans la foulée de sa qualification pour sa sixième table finale WSOP. Aujourd'hui, autour de la table télévisée estampillée PokerGo de l'Amazon Room, on dirait que la plupart de ses adversaires ont mieux run que lui. "Je n'ai pas gagné un coup, précisait Adrián. Je me suis fait bluff aussi dans une main où j'ai fold un brelan sur un board avec une suite à une carte possible. Mais si c'était à refaire, je la rejouerai de la même façon. Je reste content de moi aujourd'hui, je pense que j'ai très bien joué."

Adrián Mateos

De fait, Adrián a bien gagné un coup, pour prendre les quatre dernières blindes et demi de l'Américain Keith Tilston, avec une paire de Rois qui n'a pas trouvé souffert contre 108 mais ce fut à peu près tout. Tombé à moins de dix blindes au retour du premier break de la journée, le Madrilène a poussé J8 en bataille de blindes et n'a pas réussi à passer devant le QJ de Brandon Adams.

Bracelet Adrian

Même s'il échoue à quatre petites places seulement de son quatrième bracelet (cela fait quand même un petit quelque chose d'écrire ça quand on sait que l'Espagnol a fêté ses 25 ans début juillet), Adrián récupère tout de même 367 186 $, ce qui fait toujours du bien au porte-feuille, surtout à la veille de l'un de ses plus gros objectifs de l'été, le High Roller à 100 000 $. Mañana más!

Michael Addamo

Si pour Adrián, le vainqueur de ce 50k$ sera celui qui "aura le meilleur run", l'Espagnol a tout de même pris le temps de préciser que, selon lui, le meilleur joueur restant autour de cette table était l'homme en photo ci-dessus, l'Australien Michael Addamo. "Il est un peu le boss final du jeu en ce moment," a ajouté notre confrère de Winamax.es Álex. Un boss final qui pourrait décrocher aujourd'hui son troisième bracelet.

Danny Tang
En attendant, l'actuel chipleader et favori pour remporter les 1,6 milion de dollars à la gagne, vous l'avez sous les yeux, il s'agit du Hong-Kongais Danny Tang.

Adrian Mateos - Alex
Une dernière interview pour la route, un peu de repos cet après-midi et la máquina sera de retour au Rio jeudi après-midi pour le tournoi le plus cher de l'été. ¡A por ellos!

La perf’ que l’on n’avait pas vue venir

Alain Alinat termine en seconde place de l'Event #77 (Limit Hold'em 6-handed 3 000 $) Vous ne le connaissez probablement pas, mais le Français ne sort pas tout à fait de nulle part

Alain Alinat
Une perf peut en cacher une autre. Au milieu d'une journée marquée par la suite des exploits de Romain Lewis sur le Main Event et l'accession d'Ivan Deyra en finale de l'Event 79 (elle se terminera vendredi), un joueur que nous n'avions jamais croisé auparavant est sorti de l'ombre dans l'Amazon Room, manquant de très, très peu le bracelet sur l'épreuve de Limit Hold'em 6-max sous les projecteurs du podium télévisé.

Alain Alinat, c’est le nom de l’auteurr de la perf’ française du jour. Ne lui cherchez pas un palmarès sur Hendon Mob : il s’agissait de son premier résultat en tournoi. Pourtant, Alinat n’est pas à proprement parler un touriste ayant décidé d’entrer dans le casino après y avoir vu de la lumière. « Le Limit Hold’em, c’est ma spécialité, en particulier en heads up. J’ai commencé vers 2005 », nous a t-il confié quelques minutes après avoir concédé la victoire à la canadienne Tu Dao, au terme d’un duel long et frustrant où la réussite n’a pas été de son côté. « Pendant des années, je n’ai joué qu’à ça en ligne, en cash-game. » L’évolution du poker a forcé Alain, qui partage son temps entre la France et Bangkok, a changer quelque peu ses habitudes : « Il faut être honnête, le CG Limit est devenu très dur au cours des trois dernières années. On est arrivé à un stade où les joueurs qui crush la 100$/200$ s’assoient en 10$/20$. C’est pour ça que j’ai été un peu obligé de me mettre au live, et de commencer à tester le No Limit. »

C’est donc au beau milieu de la quinzième année de sa carrière de joueur qu’Alain a découvert le poker en Amérique, terre promise du jeu « Limit » à enchères fixes. « En début d’année, j’ai fait le Commerce à Los Angeles, j’ai épuisé mon visa de 90 jours. Mais ça ne s’est pas très bien passé. Puis cet été, Vegas, pour la première fois. J’ai commencé en 20$/40$ au Bellagio et là, les choses sont allées mieux, j’ai pu tenter des shots en 40$/80$. » Cet Event 77 enrichira sa bankroll de 82 132 dollars : il s’agissait seulement de sa deuxième participation à une épreuve WSOP, après avoir disputé deux tournois sur l’Asian Poker Tour.

Alain Alinat
Face à Tu Dao, dernière adversaire d'un tournoi en ayant rassemblé 193 au total (on l'avait aperçue il y a trois semaines en finale du Ladies), Alain a vécu une partie frustrante : discipline où les bluffs sont rares et les showdowns sont beaucoup plus nombreux qu'en No-Limit ("un bon joueur de Limit, c'est pas un joueur qui folde !"), le Limit Hold'em joué en heads-up est une variante où on est bel et bien obligé de souvent montrer le meilleur jeu à l'abattage. Le dernier duel fut aussi marqué par une profondeur de tapis réduite, typique des fins de tournoi dans cette variante : un seul coup suffisait pour passer de short-stack à leader, et inversement. Deux coups en particulier resteront dans l'esprit d'Alain, ces coups qui font la différence entre une seconde place et le bracelet. "Il y a cette main où je floppe top-paire et tirage couleur avec Q9. Turn : A... Elle avait la couleur au Roi, elle a pris un pot énorme !" Un peu plus tard, Alain relance avec 77. "Flop 9-3-2, elle check/raise, je call. Turn magique : le 7. Elle bet, je raise, elle call. Rivière : 6, elle donk-bet. Là j'ai un doute, mais le raise est correct si j'ai la bonne main 66% du temps. J'ai brelan, quand même ! Je raise, donc, elle re-raise. Elle avait 4 et 5 pour les deuxièmes nuts !"
Alain Alinat
Au sortir de cette première perf, ce spécialiste du cash-game Limit manque de très peu un bracelet surprise, mais semble néanmoins conquis par le poker en live. "Je vais revenir à Vegas, c'est sûr. Probablement dès Noël, pour jouer les cash-games du Bellagio. Là, en finale, tu m'as vu galérer avec les jetons, on voit que je n'ai pas l'habitude, mais une fois qu'on était en heads up j'étais dans mon élément." Pour le spectateur, le jeu en Limit est à des années lumières du No Limit. L'action y est moins intense mais le rythme est beaucoup plus rapide : les jetons volent à une cadence frénétique, les pots ne sont pas gros mais l'argent change tout le temps de main. "Avec mes potes, on se chambre souvent là dessus. Les joueurs de No Limit, on leur dit qu'ils ne font que tanker. Et nous, ils nous disent que le Limit est super chiant, il n'y a jamais de gros pots." A Vegas, Alain habite en coloc dans une villa "à moitié française, à moitié polonaise." "Mon mentor est polonais, il s'appelle Daniel Demicki." Mais Alain a t-il l'intention de se frotter désormais aux tournois de No-Limit, infiniment plus juteux que ceux de Limit ? La réponse est semble t-il négative : "Je n'arrive pas à faire la transition vers le NL. Ce n'est pas mon élément !"
Alain Alinat
Comme tant et tant d'autres pros du poker avant lui, Alain est à l'origine un pratiquant assidu de l'un des jeux de cartes numéro 1 du 21e siècle : Magic : The Gathering. Noah Boeken, Gabriel Nassif, Ottor Richard, David Williams : son nom vient s'ajouter à une liste déjà longue de "magiciens" ayant trouvé le succès dans le poker. Le point commun entre tous, ou presque : ils furent (ou sont toujours) performants en Limit, plus souvent qu'en No Limit. Qu'est-ce qui explique cette "mode" ? "David Williams, c'est peut-être le premier joueur de Magic qui a cartonné au poker, et ses premiers résultats étaient en Limit. C'est lui qui a lancé la tendance : avec lui, plein de joueurs de Magic se sont rendus compte qu'on pouvait gagner bien plus d'argent au poker qu'à Magic !" Avec Alain, nous avons affaire à un amateur de jeux au sens large : "J'adore les jeux de plateaux. Il y a des périodes où je vais passer plus de temps sur Dominion qu'à jouer au poker !" Le reste de l'été va d'ailleurs être consacré à ses premières amours : "En rentrant en France, on loue une maison avec les potes pour ne jouer qu'à Magic !"

Le bracelet pour ValueMerguez !

Aaaaaalllleeeeeeez !
Il l'a fait ! Ivan Deyra a triomphé sur l'Event 79 des World Series of Poker au terme d'une table finale tendue, stressante, mais gérée de main de maître devant une marée de copains et supporters. A 25 ans, ValueMerguez remporte son premier bracelet de champion du monde et signe une perf à 380 090 $, la plus belle de sa jeune carrière.

A venir : un compte-rendu complet de ce grand moment !

OMG Ivan c’est énoooooooooooooooooooooooorme !!! Un grand VGG pour cet accomplissement. :slight_smile:

Bravooooo , énorme :muscle:
Il va en pouvoir en griller des merguez à présent :rofl:

Une partition jouée à la perfection

Ivan Deyra remporte l'Event #79 des World Series of Poker (390 090 $) A 25 ans, le Bordelais biberonné aux retransmissions TV des WSOP est sacré champion du monde Deuxième bracelet de l'été du Team Winamax, le troisième du clan français !

Ivan Deyra - win
Le poker pratiqué au plus haut niveau, beaucoup sont nombreux à le traiter comme un sport. Mais d'autres préfèrent voir dans ces joutes de haute volée une forme d'art. Aujourd'hui à Las Vegas, Ivan Deyra nous a offert quelque chose se trouvant à mi-chemin. Car pour remporter l'Event #79 des World Series of Poker 2019, une épreuve de No-Limit Hold'em ayant rassemblé 671 participants, il lui a fallu faire preuve de la solidité physique et mentale des grands sportifs, tant la partie fut longue, stressante et épuisante pour les nerfs comme pour les muscles. Mais "ValueMerguez" a aussi démontré qu'il avait l'oreille d'un musicien sur cette finale, restant à l'écoute des changements de rythme pour adapter sa stratégie au tempo de la partie : un coup serré, prudent, en retrait, puis agressif, dominateur et conquérant, avant de repasser brièvement en mode défensif, pour aussitôt accélérer les BPM une toute dernière fois sur le coup de 20 heures, au cours d'un ultime heads up joué sur un tempo allegro. Le tout sans improvisation aucune ! Car ce soir, Ivan connaissait sa partition sur le bout des doigts : aucune fausse note n'est venue l'entacher, et c'est devant un public de fans et de copains transis qu'il a reçu, en guise de rappel, une standing ovation bruyante et joyeuse.
Ivan Deyra - rail
Tout au long de cet été américain, Ivan Deyra a attendu son heure et squatté semaine après semaine les gradins des tables finales disputées par ses potes : souvent initiateur des chants de supporters qui ont fait résonner l'Amazon Room au cours des six dernières semaines, Ivan était présent, un sourire grand comme ça, pour les photos souvenir immortalisant les triomphes de Thomas Cazayous, Jérémy Saderne et, il y a huit jours à peine, Joao Vieira. Aujourd'hui, les rôles ont été inversés : celui qui sait si bien se réjouir de la réussite des autres a recueilli, ému, les cris de délivrance de ses amis au terme de la dernière main. Face aux micros qui ont bien vite été tendus dans sa direction, le Bordelais a eu du mal à trouver les mots : "Depuis tout jeune, je regarde les WSOP à la télé avec des étoiles dans les yeux : gagner le bracelet, c'était un de mes objectifs. C'est un rêve qui se réalisé, j'ai des frissons ! Champion du monde, ce n'est pas rien. Je suis trop, trop heureux !" A 25 ans seulement, sa quatrième campagne WSOP est récompensée par le titre le plus convoité des joueurs de poker, et la plus grosse perf' de carrière sous la forme d'un gain de 390 090 $, deux ans après avoir intégré le Team Winamax sur la foi d'un impressionante régularité dans ses résultats en ligne. Au passage, ce sacre offre à la France son troisième bracelet de l'été, et le second pour le Team Winamax.
Finale
Entamée jeudi, la finale de l'Event #79 avait été mise en pause en début de soirée : c'est avec seulement six joueurs restants qu'elle a repris ce vendredi, peu après 13 heures. Ivan Deyra le savait d'emblée : sa marge de manoeuvre était réduite. Deux joueurs (Davidi Gonzales et le Québécois Guillaume Nolet) possédaient la majorité des jetons, tandis que l'Américain David Weinstein était au bord de l'élimination avec dix blindes. Avec ses 39 BB, Ivan ne pouvait donc que patienter : risquer son tournoi (et donc l'élimination) avant la sortie de Weinstein aurait été une grave erreur, un "suicide ICM", comme on dit dans le jargon, en référence à l'échelle des prix qui est toujours un élément clé de la stratégie des finalistes d'un tournoi.
Ivan Deyra
La concentration et la détermination d'Ivan ont été sans faille tout au long de la dernière table

De fait, tous les finalistes avaient en tête les paliers de gains : personne n'avait envie de sortir le premier, et c'est un début de finale au ralenti auquel nous avons assisté. Les mains ont défilé, puis les blindes ont augmenté, sans que les tapis ne bougent vraiment. La pression s'accentuait sur Ivan : après 75 minutes sans réélle action, son tapis ne représentait plus que 19 blindes. Mais se préparer au pire, c'est cela aussi, être pro : « Je savais que je pouvais très bien sauter le premier et finir sixième. Mais je savais aussi qu'il suffisait de doubler une fois pour revenir dans la course. Pendant deux heures, j'ai été card dead. Je suis resté patient : j'attendais le « setup » favorable. » Faute de pouvoir gagner de gros coups, Ivan s'est maintenu en prenant quelques jetons à droite à gauche, et surtout en attendant son heure. Cette heure, elle est venu après plus de trois heures et 70 mains (au cours desquelles Weinstein a fini par lâcher ses dix dernières blindes), sous la forme de deux Dames reçues en position UTG. Les 15BB d'Ivan partent au milieu, et survivent à un showdown face à Guillaume Nolet, derrière avec sa paire de 9.

Ivan Deyra
Ce double-up allait donner le coup d'envoi du deuxième acte de la finale : désormais muni de 30 BB, Ivan faisait face à quatre joueurs en possédant entre 15 et 35. De quoi lui donner un tout petit espace pour, enfin, marquer la finale de son empreinte. Quelques mises ne rencontrant pas de résistance, plusieurs showdowns gagnants : Ivan était de tout les coups, ou presque, et vingt mains plus tard, il était désormais chip-leader. Les blindes avaient encore augmenté et c'était désormais au tour de ses adversaires de se soucier de l'échelle des prix et de l'ICM : le rôle de table captain lui allait comme un gant. La phase de jeu à cinq joueurs fut très longue - plus de deux heures - mais a profité en tous points à Ivan, et quand son As-2 resta en tête contre le KQ de David Dibernardi, scellant son élimination en cinquième place, la troisième et dernière phase de la finale pouvait commencer : face aux 50 blindes d'Ivan, ses trois derniers adversaires étaient aux abois.

Leonard / Ivan
Face à l'Anglais Patrick Leonard

Les 8 BB de Patrick Leonard sont partis au milieu dès la main suivante : avec Roi-9, Ivan parvint à s'améliorer contre le Roi-Dame de l'excellent pro britannique (son seul vrai coup de pot ce soir), sous les cris d'un rail tricolore ravi. Le Team Pro n'avait plus que deux joueurs à battre, munis de 16 et 9 blindes respectivement : c'est un jeu plus que jamais mathématique auquel nous avions affaire, et un jeu qu'Ivan connaissait par coeur, grâce aux milliers d'heures d'expérience engrangées en ligne. Avant de pouvoir soulever le bracelet, un ultime rebondissement tout de même, sous la forme d'un David Gonzalez parvenant à doubler trois fois d'affilée en l'espace de quelques minutes… et à chaque fois contre Ivan ! De quoi lui faire perdre le chip-lead pour la première fois en quatre heures. « Je n'ai pas paniqué », expliquera-t-il après coup. « Je connaissais mes ranges. Ca ressemblait un peu à un Expresso, ou à une table finale comme celle du Highroller, où l'on peut passer de short-stack à chip-leader en deux mains. » La détermination pouvait se lire sur le visage d'un Ivan concentré comme jamais, et après avoir éliminé le Québécois Guillaume Nolet, lui aussi auteur d'une prestation sans bavure (77 contre 66), il pouvait entamer le duel final avec une confortable avance sur David Gonzalez.

Ivan Deyra - HU
Techniquement en dessous de son jeune adversaire, dont les victoires en MTT se comptent par centaines en ligne, l'Américain a crânement tenté sa chance, et c'est sur un bluff osé qu'il tirera sa révérance trente minutes après l'entame du duel, avec un 52 poussé sur la rivière d'un board 8-4-4-Roi-3. Là encore, Ivan démontrait son sens impeccable du timing : c'était le moment qu'il avait choisi pour slowplayer les Rois au bouton…

Ivan Deyra - rail
Il était temps de savourer, et mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts adolescents sur les tables play money. « Je suis content de mes décisions sur le tournoi, et sur les WSOP en général. Cette année, je me suis investi à 100% sur tous mes tournois, encore plus que les trois années précédentes. On ne sait jamais quand la perf' va finir par arriver. Il faut être patient, perserver, rester focus. » Après plusieurs résultats frustrants (dont une 8e place sur le Double Stack mi-juin), le triomphe est cette fois indélébile. « En plus, avec Dans la Tête d'un Pro qui m'a suivi, cela va vraiment donner un truc énorme ! » Les caméras de DLTDP collent en effet aux basques d'Ivan depuis le milieu du Day 1 : on bave déjà en comptant sur nos doigts le nombre d'épisodes épiques que cette performance va générer. Mais hors de question de se reposer sur ses lauriers : au sortir de sa victoire, Ivan pensait déjà au 10K$ 6-max qui débute samedi, sa dernière épreuve américaine de l'été avant les vacances en famille dans le bassin d'Archachon, et la reprise à Barcelone en août. Tout de même, il va bien falloir trouver le temps de fêter ça avant de rentrer en Europe, non ? « Oui, il y a des chances que l'on provoque un nouveau tremblement de terre avant notre départ… »

Coach
Le mot de la fin, on le donnera à Stéphane Matheu : le coach du Team Winamax a vécu aux premières loges le deuxième bracelet de son équipe en seulement dix jours. « Je suis super heureux pour Ivan, évidemment ! Comme pour Joao , je pense que ce bracelet est la concrétisation d'un très gros travail effectué par Ivan, au niveau technique bien sûr, mais aussi au niveau mental, dans la gestion de ses attentes, de ses émotions, etc. Il a d'ailleurs fait preuve d'une énorme solidité quand le run a été moins fluide à trois joueurs restants .Ivan est un vrai pro, super discipliné, au point d'avoir pris un appartement tout seul pendant les WSOP, afin de parfaire sa préparation ! Le succès est tellement rare au poker qu'il est d'autant plus savoureux, même si je pense qu'Ivan n'en restera pas là ! »

Résultats - Event #79 : NLHE 3 000 $
671 inscriptions - Dotation 1 811 700 $

Ivan Deyra - La win papa !
Vainqueur : Ivan « ValueMerguez » Deyra
(France, Team Winamax) 380 090 $

Runner-up : David Gonzalez (USA) 234 882 $
3e : Guillaume Nolet (Canada) 162 575 $
4e : Patrick Leonard (UK) 114 347 $
5e : David Dibernardi (USA) 81 749 $
6e : David Weinstein (USA) 59 421 $
7e : Andras Nemeth (Hongrie) 43 925 $
8e : Dennis Brand (USA) 33 032 $
9e : Diego Zeiter (Suisse) 25 278 $

Ivan Deyra - TF
Tandis que le Main Event se dirige lentement vers sa finale, les bracelets continuent d'être distribués : l'Event 79 était en quelque sorte un tournoi de consolation pour tous les déçus du Main Event
Finale
La phase de jeu à cinq joueurs s'est étalée sur de longues heures
Rail Ivan Deyra
Entre les coups, Ivan vient prendre conseil auprès du collègue Adrien Delmas, branché sur le stream diffusant les cartes des joueurs avec une heure de décalage

Ivan Deyra - win
David Gonzalez fait tapis rivière avec hauteur 5 : Ivan l'attendait avec son full. C'est fini !

Gonzales / Nolet
Gonzalez aux côtés de Guillaume Noel : les deux derniers obstacles entre Ivan et le bracelet
Ivan Deyra - DLTDP
Cette victoire, c'est aussi celle des équipes de Dans la Tête d'un Pro ! En cochant à leur calendrier l'épreuve de 6-max à 5 000 $ où ont brillé Joao Vieira et Pierre Calamusa, puis cet Event numéro 79 remporté par Ivan Deyra, nos vidéastes ont démontré de façon spectaculaire que le "run good", cela peut aussi être vécu avec une caméra entre les mains. Deux tournois de suite se terminant de la meilleure manière qui soit, c'est du jamais vu en neuf années d'existence du programme ! Le pire, dans tout ça ? Il reste à "DLTDP" un troisième et dernier tournoi au programme de leur campagne WSOP 2019 : le 10K$ 6-max, qui débute samedi. On n'ose pas y songer, mais tout de même : jamais deux sans trois, les amis ?

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VGG à Ivan.
Et bravo aux reporters pour vos articles tout au long de ces WSOP qui ne sont pas terminés d’ailleurs. En espérant que les français continuent à perfer sur les ultimes events.

bravo Ivan.
hâte de voir cette video commentée