WSOP 2019 - Rubriques - Chroniques

Bechtel l’immortel

26 ans après avoir remporté le Main Event, Jim Bechtel réalise un doublé inédit Event #21 : NL 2-7 Lowball Draw 10 000$

On peut voyager partout, dans le monde entier toute l'année à travers les plus beaux tournois de poker, proposés par tout un tas de personnes pleins de bonne volonté, Vegas, et les WSOP, ça reste et restera quoi qu'on en dise ou qu'on pense, le berceau de ce jeu qu'on idolatre, qui nous cagoule parfois, qui nous fait rêver, rirer, pleurer, admirer, et qui me permet aussi de faire personnellement aujourd'hui, et dans une détente absolue, une succession de près de 500 caractères, sans grande respiration hormis quelques virgules, pour vous présenter la magnifique dernière histoire en date qui nous tombe sur le nez, celle de Jim Bechtel, double vainqueur d'un bracelet, 26 ans après.

jim bechtel

La grande et belle histoire du jour s'est écrite avec une magnifique plume mardi soir, sur le vaisseau ESPN, qu'on pourrait tout simplement appeler, table télévisée. Une floppée de joueurs d'un autre monde se défiait dans une variante qui pourrait presque encore faire peur par chez nous en France, du Deuce to Seven, mais en No Limit. A ce petit jeu, un seul "jeune" Français, par exemple, s'est lancé dans l'aventure parmi les 91 inscriptions que ce tournoi a enregistré, Julien Martini. Finalement 11e de cette epreuve, la réussite a fui l'un des meilleurs joueurs tricolores depuis le début de ces WSOP, mais sa prestation fut loin d'être ridicule, bien au contraire. Il faut du courage pour se lancer dans un tel tournoi, avec un buy in aussi élevé accessoirement, qui vire rapidement à des scènes de "Est-ce que t'es vraiment en train de me la faire à l'envers là ?!" plutôt qu'à "Mais j'ai quand même beaucoup d'équité, je devrais payer pour voir une turn", comme au NL Holdem, ce que m'expliquait Martini lors du jour 1. Puisque la turn n'existe pas à ce jeu, tout simplement.

Finalement, retrouver en heads up final Jim Bechtel, 67 ans, paysan dans l'Arizona, et Vince Musso, dont le premier cash aux WSOP date de 1978, n'a presque rien d'étonnant. Cette variante est réservée au vieux de la vielle, mais aussi à ceux qui aiment se frotter à ces "petits vieux". Darren Ellias (3e de cette épreuve), Prahlad Friedman (4e), Paul Volpe (7e), Galen Hall (8e) et dans une moindre mesure, Jean Robert Bellande (5e, mais il est plus vieux que les 4 derniers cités quand même) sont en quelque sorte porteurs du témoin, ce fameux témoin que devront bien lâcher un jour Bechtel et compagnie. La nature est cruelle, désolé.

En attendant, les "petits vieux" comme je les décris, ont tapé du poing sur la table, et surtout Jim Bechtel. Vainqueur du Main Event des WSOP en 1993, oui oui 1993, quand je jouais aux pogs en primaire et que les parents de Romain Lewis se posaient la question "on le fait ? on le fait pas ?", le monsieur a récidivé en remportant un second bracelet, écrivant ainsi une nouvelle ligne historique des WSOP : jamais personne n'avait réussi l'exploit, aussi longtemps après, 26 ans, de revenir sur le devant de la scène, et récidiver.

Pour le plaisir, on s'est amusé à regarder le payout de l'époque : Bechtel avait empoché 1 million de dollars (une fortune à l'époque) quand le 10e de ce tournoi devait se contenter de... 19 000 $ ! Bechtel a remporté un head's up à 580 000 $, imaginez l'angoisse du flip à un demi million pour finir... Parmi les petits plaisirs qui auraient pimenté un peu plus mon quotidien sur ces WSOP, il y a cette rencontre avec Jim Bechtel... qui n'aura finalement jamais lieu. Et pourquoi donc ?

"Bechtel est rentré chez lui et a refusé une cérémonie de bracelets en son honneur. Certains en rêvent, d'autre non".

Kevin Mathers, responsable de la communication des WSOP, m'a un peu coupé les jambes dans mon élan en me précisant que l'agriculteur était déjà reparti s'occuper de ses terres. Le succès, les caméras, le prestige, il n'en a que faire. L'histoire est écrite et Bechtel a pris son biff' (253 817 $). Bonne chance désormais pour le détrôner.

jim bechtel

Photos : Tomas Stacha (WSOP.com)

Du rêve à la réalité

Les runner up du King 5 sont en ville ! Et ils en prennent pleins les yeux.

Ils s'appellent 'ophe3001', 'kiss 450', 'chatman49', 'tipunch49' et 'tispoon' et ont eu la chance, le bonheur et le talent de terminer runner up du KING5 cette année, leur permettant ainsi de participer à deux events de ces WSOP. Eux, ce sont les "Chakistipophtis". Les quoi ?

"On a pris les débuts de nom de tout le monde, ça ne veut rien dire, c'est top !"

Hier matin, ils profitait de la douce vie Angevine dans le Maine et Loire, ce soir, ils s'apprêtent à s'endormir non loin du Rio de Las Vegas, casino dans lequel ils sont venus faire leur premier pas, quelques heures à peine après avoir atteri dans le Nevada. Et à voir la tenue légère de 'ophe3001' (on prononce Ophé pour Ophélie), on comprend qu'ils s'agit bien de leur premier fois et qu'ils ne sont pas encore au courant de la climatisation ici : "Non, c'est vrai ! Mais au moins, c'est fait, on sera prévenu pour le tournoi."

Les visages sont rayonnants malgré le long voyage, les yeux sont grands ouverts et vont de droite à gauche, les sourires jusque là ne bougent pas, et l'excitation se ressent évidemment fortement. Tous ont hâte de jouer, c'est évident ! Un 1 000 $ et un 1 500 $ sont au programme. "Mais l'avantage, c'est qu'il y a beaucoup de petits tournois partout, on va pouvoir se faire le kiff de jouer deux tournois WSOP, et on ira voir dans les autres casinos ensuite. Eh, on est là 12 jours !", confiait le capitaine de l'équipe.

runner up KING5

Il est presque 1h du matin à Las Vegas et la première difficulté de leur road trip américain débute ce soir : gérer le jetlag. Dans leur tête, la journée commence, puisqu'il est donc déjà presque 10h à Angers. Mais à Vegas, il serait plutôt temps de se coucher bientôt. Il faut gérer son sommeil et supporter la fatigue, un exercice pas forcément évidemment pour tout le monde.

Et pour ne pas laisser cinq malheureux Français livrés à eux-mêmes dans cette jungle immense, Winamax a pensé à tout : Stéphane Matheu, le coach du Team, rencontrera toute l'équipe ce jeudi matin, au réveil, 10h pétantes. Les choses très sérieuses commenceront ensuite vendredi, avec le début du tournoi Double Stack à 1 000 $. Fut un temps, les malheureux qualifiés se retrouvaient sur des boucheries sans nom. Mais les WSOP et leurs tournois ont bien évolué, et chacun des cinq membres de cette équipe KING5 pourra profiter allégrement de sa partie de poker. Et pourquoi pas, qui sait, reparlerons nous de l'un d'entre eux en finale de cette épreuve dans quelques jours.

Bienvenue à toi le KING5 !

A la découverte du Orleans Casino

Orleans

Pendant les Jours off, les couvreurs aiment bien se rendre dans d’autres casinos que le Rio, histoire de décompresser un peu, de se cagouler aux machines à sous, souvent, ou de gagner de l’argent de poche, parfois. A force de venir à Sin City, beaucoup ont leurs spots de gambling préférés, que ce soit le Gold Coast pour son immense bowling, le Golden Nugget ou le Binions pour leurs énormes tournois à des buy-ins modérés... Moins connu, le Orléans Casino, à 10 minutes du Strip, est clairement un lieu à découvrir.

Mais pourquoi donc s’intéresser à ce Casino que peu de joueurs français fréquentent ? Tout simplement parce qu’ils proposent l’une des plus belles séries de tournois de l’été à Vegas, accessibles à tous et proposant un programme de tournois de variantes comme nulle part ailleurs.

Inauguré en 1996, le Orleans Casino est situé à environ 1 mile du Strip (1,5 kilomètre), ce qui explique notamment la désaffection des touristes pour l’endroit qu'ils jugent trop loin de tout, ni sur le Strip ni à Downtown. C’est aussi ce qui rend ce Casino particulièrement unique, parce qu’on y trouve essentiellement des locaux. Des gens dont c’est le Casino de coeur, qui se retrouvent entre eux pour jouer et passer de bons moments.

Pour resituer l’inauguration du Orleans dans le temps, l’événement a eu lieu quelques années après que le Rio ne sorte de terre (c'était en 1990). Le Golden Nugget (1946) et le Binions (1951) existaient déjà depuis bien longtemps, mais personne n’avait encore entendu parler du Venitian (1999) ou du Wynn (2005).

Le Casino est immense, propose 1 885 chambres à des prix défiants toute concurrence (comptez 50$/nuit en moyenne, un peu plus pour les week-ends) et une Poker Room qui n’a rien à envier à celles de Downtown.

Chuzeville
Antoine Chuzeville, disputant un tournoi aux WSOP en 2016

Grand adepte des tournois de variantes, Antoine Chuzeville, plus connu sous son pseudo JackEight sur le forum ClubPoker, nous explique pourquoi le Orleans est un bon spot pour jouer à Vegas. " Quand tu viens à Vegas pour jouer des variantes en Limit, c’est presque incontournable. Tu as une offre sans égale en tournois réguliers (HORSE, Omaha Hi-Lo, etc au moins une fois par semaine) et tu peux être certain de trouver du Limit en Cash-game (Holdem, Stud, Omaha Hi-Lo, et même parfois Omaha Hi!!). La room est bien gérée, les croupiers ont l'habitude des différentes variantes et font moins d’erreurs qu’ailleurs... sans oublier le prix de l’hôtel et des restos, moins cher que ce qui est pratiqué sur le Strip. Pour finir: j’y ai passé des jours et des nuits et même si c’est un « petit » casino, pas glamour, tu t’y sens bien accueilli et bien traité, même si tu viens jouer en Limit 2/4$... C’est sans doute pour ça qu’on y trouve moins de touristes et plus de locaux. "

Le cash-game est clairement un spot très intéressant pour les grinders qui n’ont pas une bankroll illimitée, on trouve des limites allant de 1$/3$ à 2$/5$ en No Limit Hold'em, mais beaucoup plus de variétés sur les jeux de Limit, allant jusqu'à 15$/30$. Grand habitué des lieux, Antoine me confie que " le cash-game est fabuleux! Tu as toujours de l’Omaha Hi-Lo avec un mélange de joueurs corrects et de locaux égarés... ça joue pas toujours bien mais ça call beaucoup trop, donc les pots sont vite gros, même en 2/4! Et il y a deux Bad Beat Jackpots un peu connus qui sont toujours des sujets de conversation... Bref une room vraiment simple, agréable et pas bling bling ".

98 tournois au programme des Summer Poker Series

Cowboy

Mais ce sont surtout les tournois et notamment les Summer Poker Series qui font sortir du lot ce Casino et le rendre indispensable pour tout grinder de tournois low-stakes digne de ce nom. Du 28 mai au 7 juillet, 96 tournois sont au programme, de 150 $ à 400 $ l'inscription, avec deux tournois chaque jour, un à 11h et un autre à 18h. Chaque jour, un tournoi de No Limit Hold'em et un tournoi de variantes sont proposés aux joueurs. Les Championship Event sont les tournois les plus mis en avant, comparables aux Championship du Rio, sauf qu'il suffit de 4 billets de 100$ pour s'y inscrire. Les garanties sont certes assez faibles (de 15k$ à 25k$) mais les fields atteignent régulièrement les 200-300 joueurs. Le Main Event disputé en No Limit Hold'em propose une garantie de 200k$ pour un buy-in de 400$.

" Il y a au minimum un tournoi de HORSE chaque semaine là-bas, certes turbo mais quand même! Alors que sur tout le continent européen, on en compte peut-être, 2 ou 3 par an? En gros hors période de WSOP c’est un spot idéal pour les amateurs de variantes qui passent à Vegas. Et depuis 2018, il y a ce beau festival pas cher avec des mixed games exotiques et très sympas. Alors OK, c’est turbo, le rake est élevé mais tu peux kiffer pendant toute une semaine pour le prix d’un seul tournoi WSOP. Lors des tournois de variantes, il y a une ambiance très spéciale. Il m’est arrivé d’etre à une table de HORSE où tous les autres joueurs se connaissaient et se retrouvaient tous les dimanches! Ils jouent en se demandant des nouvelles, en parlant des médecins locaux, du nouveau lycée du coin où inscrire les gamins, etc... C’est un casino mais qui a parfois une ambiance de club, voire de cercle (j’avais connu ça avec le tournoi 30€ rebuys Mixed games de l’ACF du mardi, il y a 10 ans!!). En plus les managers de la zone tournois, Barbara et Ryan, sont cools et accessibles et participent à cette ambiance amicale et conviviale. "

Raymer

Croisée au Casino pendant mon passage, Barbara était d'ailleurs assez fière de leur programme de tournois. " Nous proposons 48 tournois de variantes pendant notre festival, c'est clairement ici qu'il faut venir jouer si on peut pas se payer les buy-ins des bracelets events du Rio ". D'ailleurs, en parcourant la salle des yeux, je découvre la présence de Greg Raymer, vainqueur du Main Event des WSOP en 2014, sur le tournoi Omaha-8 / Stud-8 à 150$ du lundi. Interrogeant Barbara sur sa présence ici, elle m'avouait qu' " Il a déjà participé à une dizaine de tournois des Series, expliquant qu'il se sent plus à l'aise pour jouer les Variantes ici que pendant les WSOP. "

Antoine Chuzeville me racontait d'ailleurs qu'en 2018, il a joué " un petit tournoi d'Omaha Hi-Lo à la table d'Howard Andrew, 85 ans, un joueur qui a gagné deux bracelets dans les années 70, un contemporain de Johnny Moss et Stu Ungar ! Une légende du jeu, présent sur les tournois de poker depuis leur invention, et que tu croises à l’Orleans sur un 150 $ parce que, dixit, « je m’y sens bien et qu’il y a les jeux que j’aime » ! "

Bowling

Si l'on s'écarte un peu du poker, ou que l'on souhaite décompresser après une session perdante, on trouve pas mal d'endroits pour s'amuser au Orleans Casino, avec notamment un bowling qui n'a rien à envier au célèbre bowling du Gold Coast, mais aussi un Cinéma proposant une dizaine de salles - faut aimer les blockbusters, mais bon !, et surtout une gigantesque salle de jeux d'arcade. Je ne vous cache pas que pour écrire cet article, ma conscience professionnelle m'a fait tester à peu près tous les jeux proposés dans cette salle, histoire de retourner en enfance pendant quelques minutes, et surtout histoire de patienter jusqu'à ce qu'on appelle mon nom pour aller rejoindre une table de cash-game 1$/3$ de la Poker Room. On se refait pas !

La folle journée d’un grinder à Vegas

Ferris Bueller

Quand on pense à un joueur qui n’a pas peur d’enchaîner les tournois à Vegas, le même nom revient souvent, Erwann Pecheux. Aperçu au Rio à 22h30, on pourrait croire qu’il est en train de deep run le tournoi WSOP de la journée, qu’il approche de la bulle du 1 500 $ Bounty qui a démarré à 11h. Et pourtant ! Quand je lui demande ce qu’il joue à cette heure-là, il m’annonce que c’est son 7ème tournoi de la journée ! Oui, vous avez bien lu, le septième ! Une petite explication s’impose avec Erwann.

« J’ai joué le 1 500 $ Bounty du Rio. J’ai bust. Du coup, j’ai joué le 500 $ Online sur WSOP.com. J’ai re-entry et j'ai bust. Après, j’ai filé au Venitian jouer le 1 600 $ à 3 millions garantis. Je l’ai joué trois fois. Et là, je joue le 400 $ Deeepstack du Rio. J’ai pas gagné un showdown, sauf quand un mec m’a 4 bet shove Q9o quand j’avais KK. Ca fait 7 700 $ de buy-in sur la journée ! »

Quand je pense à la sensation que j'éprouve quand je bust d'un tournoi, je me sens obligé de lui demander ce que ça lui fait de vivre ça. « C’est standard, en fait, c’est juste que j’avais run assez fluide pour bag des jetons tous les jours, là j’ai bust le WSOP du jour, j’ai double buy-in le 500 $ Online et triple bust le 1 600 $ du Venitian en 2 heures de temps. Et encore, j’ai pas re-entry parce que j’avais plus de cash ! Et plus la force. J’ai été au resto après le Venitian et maintenant, retour au Rio pour late reg le 400 $ Deepstack, une bien belle journée. Y’a même un moment où je suis à tapis avec 88 vs AK sur le 500 $ online en même temps que je suis à tapis AKs vs 99 vs KTo sur le 1600 $ Venetian, j’ai perdu les deux ! »

Pecheux Miles

Erwann avec Tony Miles sur le 1 500 $ du Rio

J’ai toujours eu du mal à comprendre comment les joueurs réguliers font pour enchaîner à ce point les tournois, pour ne pas craquer après tant d’éliminations, cette fameuse résilience dont parle souvent le coach du Team Stéphane Matheu, qui te pousse à rebondir, à ne pas être affecté par ce qui vient de t’arriver et à repartir de l’avant après une élimination. Selon le dictionnaire, la résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus, ou ne pas, avoir à vivre dans la dépression et se reconstruire d'une façon socialement acceptable. Et c’est clair que pour être un joueur de tournoi à Vegas, il faut être résilient, clairement.

Quand je demande à Erwann s’il est atteint moralement par cette succession de tournois qui s’arrêtent brutalement, il n’a pas l’air spécialement affecté. « Le bust du 1 500 $, ça va, le Online, c'est ok aussi. La première bullet du 1600 $, ça allait, la 2ème ça m’a un peu saoulé j’ai fait deuxième flush contre full puis 33<88 contre le même joueur. Et j’avoue que la 3eme bullet j’ai bust drawing dead preflop A6s vs AA 14bb deep, j’étais pas très bien, juste après, mais maintenant ça va, c’est le métier, on joue des dizaines de tournois en un mois. Forcément il y a un moment où rien ne va et on turbo bust de tout sans rien pouvoir faire. J’en étais à 13 tournois en 8 jours pour 5 ITM, c’était très bien. Malheureusement, aujourd’hui j’ai joué 7 tournois car rien ne s’est bien passé et du coup je suis maintenant à 5/20 en 9 jours. Les joueurs du Team Winamax ont tendance à sélectionner leurs tournois et à se reposer, ils veulent pas se griller et ont peut être raison. Moi, je suis là un mois au paradis du MTT live. Je suis là pour faire du volume, j’en profite, quitte parfois à un peu trop tirer sur mon mental et mon physique. Mes décisions ne changent pas je pense ou du moins très très peu. Mais là j’avoue que je suis un peu fatigué, et si je bust, je vais direct au lit. »

De Silva Pecheux

Erwann Pecheux avec Upeshka De Silva sur le 3 000 $ 6-max qu'il a deep run

Après avoir bust sur un énième flip sur cette folle journée, Erwann me confie connaître déjà son programme du lendemain. « Dans l’ordre : 2500 $ WSOP, puis 550 $ du wynn (late reg jusqu’à 16:00) puis 1100 $ Venetian (late reg jusqu’à environ 18:00) puis Bounty 600 $ Venetian à 18h. Bien sûr, c’est que si ça se passe mal sur l’Event WSOP du jour. Après-demain, je prendrai peut-être un Day off quand même … »

Les Flambeurs, un an après…

Romain alias Le-Capitaine est de retour au Rio pour jouer le Monster Stack Event #50 : Monster Stack 1 500 $ (Day 1B)

Romain

L’an dernier, c’est armé de ma caméra que je suivais les aventures des Flambeurs, vainqueurs du King5, sur le Main Event des WSOP. Ils avaient vécu une expérience incroyable pendant deux semaines à Vegas, avec à la clef deux deep runs sur le plus beau tournoi du monde, pour Romain, alias Le-Capitaine, 412e pour 33 305 $ et Pedro alias VoilàTrankil, 167e pour 49 335 $.

Un an après, où sont les Flambeurs ?

En parcourant la Pavillon Room, j'ai retrouvé Romain au départ du Day 1B du Monster Stack, arborant toujours sa casquette fétiche :

" J’avais pas spécialement prévu de venir à Vegas, même si j’en crevais d’envie, après l'aventure de l'an dernier. Ca se passait pas forcément très bien niveau grind online. Et puis, il y a un mois, j’ai fait une petite perf sur le Sismix (5e du Sunday Surprise pour 3 980 $), et surtout, il y a quelques jours j’ai lancé le Battle Royale et je l’ai ship pour plus de 5k€. Je me suis aussitôt chauffé pour partir avec mon pote Arnaud, qui lui avait ship le Prime Time de son côté. On a booké 10 jours au Rio pour jouer des petits tournois. Je te cache pas que j'avais vraiment envie de jouer le Monster Stack, parce que ça me rappelle le Main Event, c’est deep, ça dure longtemps, y a plein de joueurs à battre. J’ai fait des satellites à 175$ winner takes all. J’en ai bullé un hier et ce matin, j’étais là à 9h pour tenter encore ma chance. Et j’ai ship ! Et ça me fait bien kiffer de jouer ce tournoi ! "

Loic

Du côté des autres Flambeurs, pas de Vegas au programme cette année, Guillaume alias LeSouilleuse a une très bonne excuse puisqu’il va bientôt être papa et préfère profiter de ses vacances avec sa petite amie, mais il joue encore beaucoup sur Winamax, notamment en cash-game mid-stakes en PLO, Loïc, alias _zedref_ (photo) a repris son travail et son grind des petites limites sur Winamax, et boit du rhum en suivant le coverage en espérant bien retourner à Vegas l’année prochaine, tandis que Pedro joue tel un livetard à Marrakech où il est installé pendant les WSOP-Circuit et ne devrait pas tenter le back-to-back sur le Main Event cette année … sauf s’il se chauffe au dernier moment.

Quant à Alex, alias BV77, qui passait la majorité de son temps dans le rail à rapporter des bières l'an dernier, il est à Vegas depuis trois semaines et a été aperçu dans à peu près tous les casinos de Sin City en train de jouer des parties de cash-game en 1/3 et 2/5, s’offrant quelques petits plaisirs sur des tournois comme le 1 500$ Bounty des WSOP ou les tournois du Planet Hollywood.

Cette année, ce sera au tour des Dezanuseurs de vivre le rêve de disputer le Main Event en freeroll, après leur victoire sur le King5. On suivra bien évidemment leurs exploits d'ici quelques jours sur le Big One, qui débutera le 3 juillet au Rio.

C'est loin mais c'est bien

Après un voyage plein de rebondissements, un troisième reporter Winamax débarque à Vegas !

Flegmatic Accred'

Dès le départ, j'ai senti que quelque chose clochait. Quand mon chauffeur Uber commandé consciencieusement la veille a annulé ma course vers l'aéroport après dix minutes à s'éloigner progressivement de la Porte de Clichy, il était écrit que ce quatrième voyage consécutif pour Vegas n'allait pas se passer tout à fait comme prévu. Il ne faut que quelques minutes au Terminal 2 de Roissy avant que n'arrive une preuve supplémentaire : aucun employé ne vient me poser les questions d'usage dès lors que l'on se dirige pour les États-Unis. À peine me demande-t-on l'adresse où je vais rester pour près d'un mois. Dommage, j'avais pourtant pris toutes les dispositions nécessaires. Oui, j'avais bien préparé ma valise seul, lançant même une fausse alerte au monoxyde de carbone pour vider intégralement mon immeuble de ses occupants. Non, je n'avais adressé la parole à aucune personne que je ne connaissais pas, lançant même mon plus parfait regard assassin à cet enfant de cinq ans qui m'avait demandé en pleurant si je savais où étaient passés ses parents. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois.

Le vol direction Dallas se passe sans encombre, accompagné par un Clint Eastwood sympathique (Dans la Ligne de Mire), un Pixar passable (Le Monde de Dory) et, histoire de terminer le trajet dans la joie et la bonne humeur, quatre des cinq épisodes de l'excellent mini-série HBO Chernobyl. Sans savoir que la véritable catastrophe m'attendait à la descente de l'avion. Une fois ma valise passée d'un tapis à un autre et les contrôles de sécurité passés pour la deuxième fois de la journée, je crois entendre mon nom dans les haut-parleurs de la zone d'embarquement. Un rapide coup d'oeil au tableau des vols en partance me permet de constater que mon vol de 21 heures vers Las Vegas a été annulé et que les deux suivants sont retardé d'une bonne heure et demie. Naïvement, je pense que l'on me fait venir pour m'offrir gracieusement une place dans l'un des vols suivants. Je ne pouvais pas avoir plus tort. Non seulement personne ne m'a appelé mais en plus, une file d'attente d'une bonne centaine de personne m'attend au guichet du service client d'American Airlines. En cause, des vents particulièrement violents dans le Midwest qui perturbent violemment le trafic aérien. Des conditions météorologiques apparemment communes à cette période de l'année. Très bien, merci de prévenir.

File Dallas Aéroport

Quand tu comprends que tu vas passer une soirée sympa à Dallas.

Histoire de gagner du temps, je m'empresse de téléphoner au service client tout en calant dans la file. Après un quart d'heure de palabres, l'opérateur n'est pas capable de me trouver le moindre siège dans un vol pour Vegas avant trois jours, même avec une escale dans n'importe quel aéroport des États-Unis. "Oh, attendez, une place viens de se libérer dans le vol de 20h25. Porte d'embarquement C2." C'est dans dix minutes, littéralement à l'autre bout de l'aéroport. Pas franchement intéressé à l'idée de végéter 48 heures dans la ville de Dirk Nowitzki, je fonce, grimpant deux à deux les marches d'un escalator qui, pour une raison inconnue, ne souhaite pas fonctionner. Évidemment, j'arrive trop tard (et en sueur). "C'est étonnant, les avions au départ de Dallas ont très souvent quelques minutes de retard, me confie au téléphone mon ami du soir. Je peux faire quelque chose d'autre pour vous aujourd'hui ?" Tu en as déjà fait bien assez.

Sans toucher 20 000 Francs, me voilà donc de retour à la case départ, dans cette file d'attente géante où j'ai désormais perdu plus d'une vingtaine de places. Deux heures et trente minutes passent avant que je n'atteigne le guichet, pour me voir servir le même discours que précédemment. Quelle que soit la compagnie, quelle que soit l'escale éventuelle, tout est complet. Même en envisageant d'arriver dans une ville plus proche de Vegas (Los Angeles, Reno, Salt Lake City, Phoenix, San Diego...) pour ensuite terminer le trajet en voiture, on ne me trouve rien. Quand soudain, après trente bonnes minutes de grimaces et de tilt contenu, le miracle. "Got it!" s'exclame la guichetière, grimpant immédiatement en première place de mes personnes préférées sur Terre, juste devant Roger Federer et Eddy Mitchell. Il est minuit trente, je n'ai plus que huit heures et dix minutes à attendre avant de m'engouffrer dans le premier vol à destination de Vegas. Huit heures qui passent bien trop lentement, entre tentatives de sieste dans un aéroport forcément désert, épisodes de séries regardés à demi-conscient et petit déjeuner en forme de burger à l'omelette au TGI Fridays du coin. Pourquoi ne pas être sorti pour tenter de trouver un hôtel ? Je ne m'en sentais pas la force.

Vous vous en doutez, après ces heures d'errance, le vol Dallas - Vegas file pour moi en un claquement de doigts. Revigoré, j'atteins enfin la Ville du Vice, douze heures plus tard que prévu, avec une jolie tâche de gras sur la jambe droite de mon jean - merci le burger à l'omelette - et deux énormes valises sous les yeux, à défaut de MA valise qui, sans grande surprise, ne m'a pas suivi. "Elle va arriver à 13 heures dans un avion en provenance de Houston," m'apprend-t-on. Parce qu'à ce moment-là plus rien ne m'étonne, je demande placidement à ce qu'elle me soit livrée à la maison que nous allons partager avec Yohan, cadreur pour Winamax TV et qui va accompagner Harper dans ses pérégrinations végasiennes, et Benjo, dont l'arrivée est prévue pour la semaine prochaine.

Poker Chinois

Ça part en Fantasy Land !

Après un bon bain bien mérité, ma contribution annuelle à la sécheresse du Lake Mead, un Harper sauvage débarque justement avec entrain et surtout l'indispensable Las Vegas Starter Pack : bières, chips et jeu de cartes. Non content de me servir comme un prince, il aura même l'amabilité de se laisser raser au poker chinois, jusqu'à l'arrivée de Yohan, débarqué presque sans encombre après plus de deux heures d'attente pour franchir la douane américaine. La fin d'après-midi laisse doucement place au début de soirée, ma valise n'est toujours pas arrivée et, me dis-je, n'arrivera probablement pas ce soir. Aussi me laisse-je donc tenté par un alléchant programme fait d'Ultimate Poker au Flamingo, beer pong au O'Sheas et tour dans le High Roller du Linq.

High Roller Linq

Que c'est beau Vegas, de haut, la nuit.

Même après trois année à venir ici, il faut bien avouer que, de là-haut, l'émerveillement est total. Ne vous laissez pas abuser par la médiocre qualité de l'appareil photo de mon Xperia vieillissant : depuis ces capsules flottantes, les hôtels géants du Strip brillent de mille feux sous vos pieds et les lumières blanches-orangées s'étendent jusqu'à heurter le noir profond de l'horizon, juste pour nous rappeler que Las Vegas est bien une anomalie posée au milieu du désert. De l'autre côté, les travaux du nouveau centre de conventions estampillé Caesars Entertainment battent leur plein. Seront-ils achevés d'ici l'été prochain pour accueillir l'édition 2020 des WSOP, qui semblent donc plus près que jamais de quitter le Rio ? Rien n'est moins sûr.

Le tour s'achève, la fatigue se fait ressentir pour tout le monde : il est temps de rentrer. Alors que je rallume mon portable pour lancer l'itinéraire, un appel apparaît. Le service de livraison est bien venu m'apporter ma valise, autour de 23 heures et a trouvé porte close. De quoi gagner un rapide aller-retour à l'aéroport le lendemain, pour finalement la retrouver intacte. Tout est bien qui finit bien, cet été à Vegas peut enfin commencer !

Breakfast Black Bear

Le petit-déjeuner des champions.

Et comment mieux démarrer qu'avec deux oeufs Bénédicte servis au Black Bear Diner - un délice - et le fameux 250 $ Daily Deepstack de 13 heures du Rio ? Parce que les Français sont partout à Vegas et qu'on ne peut décidément pas passer inaperçu, même au milieu d'un field de près de 800 joueurs, dont une grande majorité de Ricains à casquette, mon premier tournoi de l'été débute avec une tête connue, celle de Romain alias Le-Capitaine, capitaine des Flambeurs, l'équipe vainqueur du KING5 l'an passé, et que Tapis_Volant est d'ailleurs allé voir aujourd'hui à l'occasion du Day 1B du Monster Stack.

Flegmatic Deepstack Rio

Un mec très content de jouer son premier tournoi de poker de l'été : une allégorie.

Mon tournoi se passe bien, à part quand je me fais surprendre par mes trois idiots de collègues qui viennent ensemble me bombarder de photos au milieu de la Pavillion (photo tout en haut), je me sens à l'aise à table, passant pas mal de petits bluffs sur des rivers parfaites, jusqu'à me faire attraper deux fois la main dans le sac puis rattrapé par la structure résolument Turbo (la moyenne oscille entre 15 et 20 blindes durant toute la deuxième moitié du tournoi). Et puis, deux full double ups - dont un sur un "flip au flop" avec 109 contre Q8o sur Q87 - m'ouvrent les portes des places payées, avant que je ne craque deux Rois noirs avec QJ sur J102 pour quasiment tripler.

Une mauvaise rencontre à tapis préflop avec deux Dames contre une paire d'As sur la première main de ma troisième table me fait quelque peu redescendre sur Terre. Malgré un double up supplémentaire, ma lente agonie de short stack s'achève aux alentours de minuit, en 27e place pour 971 $. Loin des 28 000 $ à la gagne mais satisfait du chemin parcouru, surtout en découvrant que j'ai franchi de justesse un palier de gains à 180 $. Pile de quoi couvrir les pertes à l'Ultimate de la veille. Bon, ce n'est pas tout ça, mais il est temps de passer cette accréditation autour du coup et d'aller déambuler entre les tables. Si ce samedi 22 juin ne s'annonce pas comme le plus chargé en Français, plusieurs membres du Team Winamax ayant notamment choisi de prendre un peu de repos ou même de carrément quitter la ville pour quelques jours, cette journée ne manquera pas d'événements à vous relater. Vegas, à nous deux !

Chris Moneymaker a-t-il sa place au Hall of Fame ?

Le débat est relancé alors que les votes courent jusqu'au 8 juillet

Chris Moneymaker

En 2018, sur la scène de l'Amazon Room pour donner le coup d'envoi du Day 1C du Main Event.

Chris Bjorin, David Chiu, Eli Elezra, Antonio Esfandiari, Chris Ferguson, Ted Forrest, Mike Matusow, Chris Moneymaker, David Oppenheim et Huckleberry Seed : telle est la liste, par ordre alphabétique, des dix joueurs nommés cette année pour intégrer le Poker Hall of Fame. Institution tout ce qu'il y a de plus virtuelle - ne vous imaginez donc pas de banquet annuel avec open bar et petits fours - celui que nous appellerons ici le PHoF n'en reste pas moins une vénérable confrérie, qui confère à ses membres gloire, prestige et une certaine forme d'immortalité pokeristique. Voyez-y notre version à nous du Walk of Fame sur Hollywood Boulevard, sans les touristes qui vous marchent dessus à longueur de journée.

Créé en 1979 par Benny Binion pour honorer les plus grands noms de notre jeu favori (et servir d'attraction touristique dans son casino), le PHoF n'a cessé de s'agrandir depuis, à raison d'un nouveau membre par an jusqu'en 2004 (sauf en 2002), avant qu'il ne soit racheté par le groupe Caesars en même temps que les World Series of Poker. Depuis, le nombre d'admis est passé à deux (sauf en 2009), jusqu'à porter le total à 56, dont 30 actuellement encore en vie. Autant de membres qui votent chaque été pour désigner leur nouveau futur pair, aux côtés d'un panel de journalistes spécialisés, en l'occurrence 21 pour cette année.

Parce qu'on ne devient pas une légende du poker du jour au lendemain, les critères que doit prendre en compte le jury pour désigner un nouveau "Hall of Famer" sont les suivants :

A joué au poker contre des joueurs reconnus comme faisant partie des meilleurs ; Est âgé d'au moins 40 ans ; A joué en high stakes ; A joué régulièrement à haut niveau, a gagné le respect de ses pairs ; A survécu à l'épreuve du temps ; Pour un non-joueur, a contribué avec succès au développement et au succès du poker, laissant une marque indélible dans l'industrie.

Maintenant que vous avez tous les éléments devant vous, reposons la question servant de titre de cet article : Chris Moneymaker a-t-il sa place au Poker Hall of Fame ? De prime abord, cette interrogation pourrait paraître saugrenue, presque déplacée. On parle quand même de Chris Moneymaker que diable ! Le comptable du Tennesse le plus célèbre de l'histoire, vainqueur du Main Event des WSOP en 2003 pour 2,5 millions de dollars, après s'être qualifié sur un satellite en ligne à 86 $, à une époque où le poker online n'en était qu'à ses balbutiements. Le nobody qui a déjoué tous les pronostics tout au long du tournoi, en éliminant notamment Phil Ivey en début de finale avant de claquer "Le bluff du siècle" en heads-up face à Sam Farha.

Chris Moneymaker Portait

L'homme et la légende, en une seule photo.

Il est l'homme qui a prouvé à la planète entière qu'un joueur amateur venu de nulle part pouvait battre les professionnels sur leur propre terrain et changer de vie du jour au lendemain, provoquant un boom sans précédent dans l'histoire de l'industrie. Sans Chris Moneymaker, le poker ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui et votre serviteur ne serait sans aucun doute pas en train de taper ces lignes. Un anonyme parmi tant d'autres, perdu au milieu du rêve américain, propulsé ambassadeur numéro 1 de notre jeu - dont le contrat de sponsoring avec PS semble d'ailleurs courir jusqu'à l'éternité - et qui a remporté samedi soir trois trophées à la cérémonie en l'honneur des 50 des World Series of Poker : "Main télévisée la plus mémorable", pour le bluff ci-dessus, "Victoire la plus impressionnante sur un Main Event WSOP" et une place parmi les quatre joueurs les plus importants de l'histoire des World Series. Autant dire que pour son intronisation, l'affaire semble entendue non ? Comme on disait à une époque lointaine sur Facebook, it's complicated.

Haven’t decided yet who will get my vote for Poker Hall of Fame 2019.

What I can tell you, is that it will be based on the ACTUAL criteria listed. I wish everyone voting would adhere to that but I doubt it.

Skill and Accomplishments.

Not popularity.

— Daniel Negreanu (@RealKidPoker) June 25, 2019

"Je n'ai pas encore choisi à qui je vais donner mon vote pour le Poker Hall of Fame 2019.

Ce que je peux vous dire, c'est qu'il se basera sur les VÉRITABLES critères listés. J'espère que tous les votants feront de même mais j'en doute.
Talent et accomplissements.
Pas la popularité."

Parce que Chris Moneymaker n'en est pas à son coup d'essai. Cette année marquera même sa quatrième nomination, la quatrième consécutive depuis qu'il est éligible. Entre 2016 et 2018, ont ainsi accédé au PHoF "à sa place", Todd Brunson, Carlos Mortensen, Phil Ivey, Dave 'Devilfish' Ulliott, John Hennigan et Mori Eskandani. Six noms qui vous disent très probablement quelque chose, à l'exception sans doute de ce dernier, qui est en fait le producteur TV qui se cache, entre autres, derrière les émission High Stakes Poker et Poker After Poker. Un non-joueur donc, qui a gagné ses galons en tant que "contributeur au développement et au succès du poker." Une contribution plus importante que celle de Chris Moneymaker ? Sans doute pas, mais pour certains, le problème n'est pas là.

Comme à son habitude, Daniel Negreanu, pensionnaire du PHoF depuis 2014 (l'année de ses 40 ans), n'a pas attendu longtemps avant de faire entendre sa voix. Pour la superstar canadienne, Moneymaker doit être considéré comme un joueur et non pas seulement comme un "contributeur" ou un ambassadeur de notre jeu. Un joueur qui a remporté le Main Event des WSOP certes, mais dont le palmarès fait pâle figure à côté de tous les grands noms qui l'entourent. Chris Moneymaker a-t-il joué les parties les plus chères de la planète sur une période significative face à des pointures ? Non, non et non. Et ce n'est pas ses "maigres" 1 200 000 dollars amassés depuis sa toute première ligne en 2003 qui vont pouvoir faire pencher la balance de son côté. Un critère qui, pour un membre visiblement très à cheval sur le règlement comme le Kid Poker, suffit à le mettre hors course.

The 2019 Poker Hall of Fame candidates. 9 deserving names, BUT one sticks out! How is Ted Forrest NOT in PHOF already? 6 @WSOP wins (Ferguson has 6 as well), a NBC Heads Up Championship, a @WPT win, and for over a decade: he played in biggest games in world, and vs best players! pic.twitter.com/1rT1n03Jne

— phil_hellmuth (@phil_hellmuth) June 23, 2019

De son côté, et alors qu'il ne nous avait jusque-là pas franchement habitué à cela, Phil Hellmuth s'est voulu encore moins explicite. "Voici les candidats pour le PHoF 2019, avec neuf noms qui méritent d'être dans cette liste," a lâché le Poker Brat dans un tweet. Si David Oppenheim et Eli Elezra sont eux aussi loin de faire l'unanimité, le premier se traînant une réputation de joueur peu sympathique - un doux euphémisme d'ailleurs, si l'on en croit ce tweet signe Doug Polk - tandis que le nom du second est ressorti en début d'année dans une histoire de dettes de jeu supposément non remboursées, on peut imaginer que le Poker Brat, également grand copain de Chris Ferguson, pointe du doigt la présence de Moneymaker. Même si pour le grand Phil, le débat est tout autre et concerne l'intronisation de Ted Forrest.

En clair, et alors que le public semble accepter sans problème l'idée que le "Faiseur d'argent" gagne sa place au PHoF - ce que dit ce sondage Twitter lancé par KevMath en 2016 et qui obtiendrait sans doute les mêmes résultats aujourd'hui -, chez les pros, on continue de grincer des dents. Ou en tout cas de toujours préférer quelqu'un d'autre.

Lon McEachern - Norman Chad - Antonio Esfandiari

Parmi les deux joueurs qui semblent pour l'heure sortir légèrement du lot, se distingue tout de suite Antonio Esfandiari, seul rookie de cette liste, pour avoir soufflé ses 40 bougies en décembre dernier. Joueur et communicant irréprochable, auréolé d'un palmarès long comme le bras, toujours détenteur du plus gros gain jamais remporté sur un tournoi de poker (18 346 673 $ sur le Big One for One Drop de 2012), il a encore accru son aura ses dernières années en servant de consultant à Norman Chad et Lon McEachern sur les retransmissions TV du Main Event des WSOP (photo, en 2018). Le voir s'inviter parmi les légendes de notre jeu ne constituerait en aucun cas une surprise.

Le nom de Chris Bjorin revient aussi régulièrement, le journaliste Lee Davy affirmant notamment avec un certain à-propos qu'une septième nomination en huit ans devrait lui offrir de facto une place au Hall of Fame. Comme Leonardo DiCaprio en 2016, enfin récompensé par l'Oscar du meilleur acteur pour The Revenant après de nombreux rendez-vous manqués, l'heure serait-elle enfin venue pour le vétéran suédois ? Les mauvaises langues diront qu'en temps que seul non-Américain de cette liste, son scort est scellé d'avance. Nous ne sommes pas de celles-là.

Si l'on bouclera cet article en vous laissant faire votre propre palmarès, sachez que les jurés devront quant à eux rendre leur décision au plus tard le 8 juillet prochain. Le résultat officiel sera communiqué dès que l'ensemble des votes auront été collectés et triés, tandis que les nouveaux entrants seront intronisés en direct sur ESPN le 15 juillet, jour du lancement de la table finale du Main Event. Alors, on met un billet sur qui ?

Un étrange anniversaire

Au milieu d'affluences record sur les tournois, le dîner de gala célébrant la 50e édition des WSOP est passé inaperçu Les joueurs de 2019 en ont-il encore quelque chose à faire de l'Histoire du poker ?

50 Honors
Vous êtes passés à côté des First Fifty Honors, la soirée commémorant 50 éditions des World Series of Poker ? Rassurez-vous : vous n'êtes pas le seul. Ici à Vegas, personne n'est venu à ce gala, ou presque... et il y a fort à parier que parmi la poignée qui s'y sont rendus, la majorité oubliera bien vite ce total non-évènement. Mais qu'est-ce qui a bien pu merder ?

Evidemment, qu'il fallait célébrer comme il se doit cette milestone des 50 éditions, dont aucun autre festival de poker au monde ne peut se targuer. Evidemment, qu'il fallait mettre les petits plats dans les grands, organiser un grand raout au Rio, ouvrir le carnet d'adresses pour rameuter des VIP, inonder la salle de bouffe et de cocktails et, pour faire bonne mesure, de distribuer quelques trophées à une poignée de joueurs ayant marqué le festival depuis 1970. En rachetant la marque WSOP en 2005 après la faillite du Binion's Horseshoe, Caesars a hérité du plus beau patrimoine que possède le poker : on leur en aurait voulu de ne pas célebrer comme il se doit cette étape symbolique.

Et pourtant. En arrivant samedi soir à l'heure prévue, c'est une salle de bal tristement vide qui nous attendait. On ne peut pas dire que Caesars avait fait les choses a moitié, c'était même plutôt l'inverse. La gigantesque Brasilia Room (98 tables de poker en temps normal) avait été intégralement réquisitionnée, les tables de banquet dressées avec soin, l'open bar rempli à ras bord en carburants de toutes les couleurs, et d'expansif buffets remplis à ras-bord s'étalaient le long de chaque mur. Une seule chose manquait : des gens. En coulisses, on a repoussé le coup d'envoi en loucedé, sans que cela n'y change grand chose. A un moment, il a bien fallu se lancer.

« Wow ! Qui aurait cru qu'il était si difficile d'organiser une distribution gratuite de crevettes ? » Ty Stewart, l'un des grands patrons des WSOP, a tenté de détendre l'atmosphère devant l'ocean de tables clairsemées. Rires nerveux. Juste derrière, Lon McEachern et Norman Chad, en remettront une couche : « Comme vous avez pu le constater, la cérémonie de ce soir est jouée en 6-max ! »

Brasilia 50 Honors
Une demi-heure après le coup d'envoi de la cérémonie : photo réalisée sans trucage

Il valait mieux en rire, assurément, mais d'un rire jaune : à ce moment, les organisateurs s'étaient probablement déjà rendus compte qu'ils s'étaient tirés une balle dans le pied en restreignant cet évènement aux seuls détenteurs de bracelets WSOP, ainsi qu'à une poignée de VIP et journalistes. Oui, je ne vous avais pas dit : la soirée était privée ! De nos jours, les joueurs ayant remporté un bracelet se comptent en milliers, et hormis les vingt noms que vous retrouvez chaque année dans des listings du style « Les meilleurs joueurs n'ayant pas encore gagné un titre WSOP ! », à peu près tous les grands pros que vous connaissez en ont gagné au moins un. Et pourtant, je n'en ai croisé qu'une toute petite poignée samedi soir dans la Brasilia Room.

La question mérite d'être posée : pourquoi faire d'une célébration telle que la 50e édition des WSOP un évènement exclusif ? Le poker (et donc les WSOP) est censé être quelque chose en tous points inclusif, où le fric est le seul dénominateur : pour peu qu'on dispose du buy-in en poche, n'importe qui peut jouer, quel que soit son âge, son sexe, ses origines, sa religion, ou que sais-je d'autre. Les dizaines de fans de poker, les amateurs, les petits joueurs, les touristes, les fans, ceux qui n'ont pas de bracelets mais se pressent derrière la barrière pour prendre des selfies pendant le PPC à 50 000 $, ceux qui passent des heures dans les gradins du podium TV pour le Main Event, ils n'étaient pas conviés. Tout au plus leur avait-on demandé de voter sur Internet pour désigner les joueurs les plus emblématiques de l'histoire du festival. Quand est venue l'heure de remettre les trophées aux gagnants, ces randoms n'étaient pas de la fête, et les détenteurs de bracelets WSOP non plus. Preuve, s'il était besoin de l'apporter, que lorsqu'un joueur revient au Rio après avoir remporté un bracelet, c'est pour remporter d'autres bracelets, pas pour rester assis passivement devant une cérémonie corporate. A mi-chemin de la cérémonie, devant l'évidence du ratage, les portes se sont finalement ouvertes au public : une décision de dernière minute qui n'a pas suffi.

Lorne / Norman Chad
J'ai cherché sur les réseaux sociaux : je n'ai pas trouvé de tweets ou de posts aigris expliquant la désaffection des pros pour les First Fifty Honors. Cela ne m'aurait pas étonné : comme toutes les organisations occupant une position dominante, les WSOP sont critiqués, plus que n'importe quel autre festival. Structures, horaires, réparition des prix, restauration, qualité du matériel et des installations : tout est critiquable et jour après jour, les joueurs font valoir leur droit au statut de client roi. Quelquefois à tort, plus souvent à raison, mais peu importe : c'est au sommet qu'on est le plus seul et le plus attaqué. Mais là, pas d'appel au boycott chez les pros, pas de railleries, pas de cynisme. Rien. Peut-être qu'ils s'en foutaient, tout simplement. Peut-être que célebrer l'histoire du poker n'intéresse que ceux qui ont intérêt à ce qu'elle soit écrite en lettres d'or : organisateurs de tournois, journalistes, communiquants et autres insiders d'une industrie pensant plusieurs milliards. Et sûrement qu'ils avaient d'autres chats à fouetter en ce samedi soir, les pros : chaque jour d'été qui passe voit ses deux douzaines de nouveaux tournois débuter un peu partout sur le Strip et Downtown, dans toutes les variantes et à tous les prix, et c'est le week-end que les tables de cash-games sont les plus juteuses, remplies de stouristes venus des aéroports de toute l'Amérique. Mais c'est quasiment une certitude: si l'on avait ouvert cette cérémonie à tous, les pros comme les fans, il y aurait eu la queue dehors pour écouter les discours de Daniel Negreanu, Chris Moneymaker, Justin Bonomo et Doyle Brunson, tous salués pour la marque qu'ils ont laissé sur les WSOP ces 50 dernières années, et la fête se serait prolongée jusqu'à épuisement du bar.
Doyle Brunson / Jack Binion
Un seul moment à véritablement retenir de cette soirée que je n'ai pas eu le coeur de subir jusqu'au bout : voir Doyle et Jack Binion discuter et rigoler comme les vieux copains texans qu'ils sont. Les deux ont écrit les premières pages de la légende des WSOP, et par extension du poker. Le premier en faisant naître le festival au début des années 70 sous l'égide de son père Benny. Le second en devenant le premier collectionneur de bracelets de l'histoire. Mais ce moment, aussi émouvant qu'il fut, m'a aussi rappelé que nous sommes nombreux à être nostalgiques d'une époque que nous n'avons pas connue. Que ne donnerions-nous pas pour être transportés dans le temps, au coeur du Binion's de 1974 ou 1997 ! On paierait cher pour s'assoir à table avec Jack Strauss, Stu Ungar, Puggy Pearson et Johnny Moss. On rêverait d'être aux premières loges pour observer Johnny Chan en heads up face à Phil Hellmuth ou Erik Seidel. Mais très vite, on perdrait patience devant les tables 10-handed, on hurlerait contre des structures boucherie, on s'évanouirait devant des payouts n'obéissant à aucune logique, et l'on serait définitivement achevé par toutes les combines, petites et grosses, qui étaient tacitement admises et monnaie courante à une époque où le règlement d'un tournoi tenait sur une carte postale et où aucune organisation de type TDA n'essayait de standardiser un tant soit peu les codes et pratiques en vigueur à table. Et cette édition 2004, celle du record absolu de croissance, on en parle ? Cette année-là, après Moneymaker, on était passé de 800 à 2400 joueurs, du jamais vu, mais si on avait eu Twitter, on aurait tous gueulé en caps lock du matin en soir : la place manquait tellement dans le Binion's décrépi qu'il avait fallu mettre des tables sous le cagnard de Fremont Street (!) et supplier les casinos voisins de prêter un peu de leur espace. Le bordel total, l'anarchie.

Depuis maintenant 14 ans, la giga-corporation Caesars est garante du patrimoine des WSOP, un festival créé par une petite famille texane. Elle se doit de respecter et faire honneur à cet héritage, mais elle se doit aussi de le faire évoluer et grandir année après année. Et de ce côté-là, on peut dire qu'ils ne s'en tirent pas trop mal : malgré la concurrence des autres casinos de Vegas, les affluences continuent de grimper année après année, les structures n'ont jamais été aussi belles, et les prize-pools aussi. Les formats anciens en voie de disparition sont maintenus au programme (n'allez pas chercher un tournoi de Stud ou de Deuce to Seven sur un EPT ou un WPT), tandis que les buy-ins plus accessibles se multiplient pour faire le bonheur des joueurs amateurs. Les problèmes demeurent, certains préoccupants (on vous parlait hier des conditions de travail peu enviables des croupiers), mais ils ne sont pas l'apanage des WSOP. Les joueurs sont relativement bien écoutés, le bracelet reste plus que jamais LE trophée ultime du poker, et le Main Event qui débute mercredi sera comme chaque année le plus gros tournoi de poker du monde.

Avec First Fifty Honors, Caesars n'a pas démontré son expertise en organisation de soirées. Peut-être qu'ils feront mieux pour la centième édition, mais en attendant, pour ce qui concerne les tournois de poker, les joueurs n'ont aucun souci à se faire. Ne cherchez pas l'âge d'or du poker dans le passé : c'est maintenant que vous êtes en train de le vivre.

Cliquez-ici pour consulter le communiqué de presse publié après la cérémonie. Il est forcément un poil moins tranchant que cet article, mais vous y découvrirez les prix remportés par le quintet Doyle Brunson / Phil Hellmuth / Chris Moneymaker / Daniel Negreanu / Justin Bonomo.

Le cure-dent magique du deep run

J-P Besançon est dans les chipleaders à 44 left Retour sur la recette magique pour deep run Event #64 : Crazy Eights No Limit Hold'em 888 $ (Day 3)

JP Bet

Sans doute inspirée par la 3e place de Sandrine Phan sur le Ladies et son deep run deux jours plus tard sur le Deepstack Championship (15e), un ex-employé de Winamax s'illustre également au Rio... et cette fois, c'est sur le Crazy Eights que ça se passe, puisque Jean-Pierre Besançon, a.k.a J-P Bet ou Betteur, auréolé du drapeau australien sur WSOP.com, fait partie des chipleaders de l'épreuve à 44 left.

Si la table finale et le bracelet sont encore loin, la perf' est déjà bien là, sur un tournoi qui a généré un total record de 10 185 entrées, dont 7 pour le héros de cet article. Trader quand il est entré chez Winamax, J-P était déjà un gros joueur de cash-game online où il jouait en NL1K et NL2K. Ses performances en tournois jusqu'à maintenant restent anecdotiques, un deep run sur le Main Event WSOP en 2013 (619e pour 19k$), un sur l'EPT Deauville en 2015 (76e pour 9k€) et pas grand chose d'autre.

Venu à Vegas avec son frère pour " jouer deux ou trois tournois " et partageant son périple avec ses trois potes Jonathan Guez, Vincent "Le-Capoteur" Dupuy et Adrien Favre, J-P vit désormais du Betting, et plutôt bien si l'on en croît le sourire de ses potes. Il avait d'ailleurs lancé une chaîne Youtube pour parler de tips de Betting il y a deux ans, dans laquelle il lâchait quelques trolls et ne se prenait pas spécialement au sérieux en donnant quelques conseils pour parier sur le sport.

Ici à Vegas, J-P s'est laissé engrainer par Pierre Calamusa pour mettre trois bullets dans le 1K$ de l'Aria, puis a pris part au Crazy Eights, où il a donc mis 7 bullets pour monter enfin un stack. Superstitieux comme beaucoup de joueurs de poker, J-P et sa bande vivent ensemble ce deep run qui pourrait finir en apothéose. Et ils ont développé une recette magique, que me raconte Jonathan.

" On joue tous les soirs au Craps depuis qu’on est arrivé à Vegas. A chaque fois qu’on s’installe, on regarde le look des gens autour de la table pour voir si elle est bonne. Un des premiers soirs, on arrive, y a un ricain à table avec sa meuf, il a une petite chemise chelou et il a un cure-dent. C’est à lui de lancer les dés, et il fait une énorme série. Plein de bons lancers, toute la table se régale, c'était magnifique. Il avait son petit cure-dent et on a bien run good. Quand la série s'arrête, on a faim. On est au Bellagio et on repère un resto de Noodles. On commande, la serveuse nous fait attendre 10 minutes. Et on voit une réserve de cure-dents, on en prend une tonne, et on refait un run au craps avec tous un cure-dent dans la bouche. Les pâtes attendent et nous, on a pris 2k$ en 20 minutes. On se dit que ces cure-dents font run good, tu te sens protégé, tu touches du bois, en fait ! Depuis, dès qu’on s'inscrit sur un tournoi, on prend un cure-dent. A chaque pause, on change de cure-dent. Un cure-dent neuf toutes les deux heures. On a des cure-dents partout dans la chambre. On se sent immunisé. S’il fait table finale, tout le monde aura des cure-dents dans le rail, on les distribuera. On est la Tooth Stick Team "

Rail_JP

Superstitieux, les joueurs de poker ? Jonathan me confie que " c'est un peu comme le mec qui change pas de caleçon pendant son deep run sur le Main Event. Tu prends la même routine. Tous les matins, on se prend un petit muffin fourré au Nutella. Day 2, J-P en a pris deux, Day 3, il en a pris trois. Si y a Day 4, il va en prendre 4. On descend au même moment tous les matins, je commande le Uber, on refait exactement les mêmes choses. C’est débile, mais ça se passe bien comme ça donc on continue. "

Jonathan et Vincent m'apprennent que J-P n'a qu'un seul but sur cet Event : aller en table finale. Même s'il finit 15e de l'épreuve, il sera déçu. Depuis trois jours, conscient qu'il a de bonnes chances, il joue son a-game et n'est pas le genre à aller spew 50 blindes avec une paire de 3, J-P vient tout juste de passer à 18,5 millions de jetons (soit 2 averages) en doublant avec une couleur max contre la 3e couleur max. Selon lui, son adversaire l'a un peu livré, puisque le français l'a quand même 3-bet shove sur la river.

Partageant une chambre avec lui au Bellagio, Jonathan ajoute que " J-P commence à prendre à coeur le tournoi. Hier soir, tu sentais l’adrénaline dans la chambre, c'est normal, tu commences à y croire. Au Day 3, t’y crois sans y croire. T'es conscient que tu peux faire deux rois contre deux as, et que ce sont souvent des flips de range. Il a encore 75% de chances de bust, mais bon, ça commence à se rapprocher ! On a quelques swaps, bien évidemment. On vibre avec lui. "

Déjà à ses côtés en fin de Day 2, alors que J-P venait à peine d'apprendre qu'il gagnait enfin de l'argent sur le tournoi (Il a mis 6 216 $ dans le tournoi, tout de même), Jonathan Guez, Adrien Favre et Vincent Dupuy ont certes quelques pourcents mais c'est surtout par amitié qu'ils assistent dans le rail au deep run de leur pote.

A noter que Leo Margets est également encore présente dans le tournoi avec un petit tapis de 4,6 millions (une quinzaine de blindes) et que trois autres français survivent également avec peu de jetons, Jean Fabre, Allan Tirel et Alexandre Fradin.

Le vainqueur de l'épreuve repartira avec la somme colossale de 888 888 $ et les rescapés sont d'ores et déjà assurés de remporter 17 166 $, de quoi acheter une petite tonne de cure-dents pour deep run le Main Event.

Chris Moneymaker et David Oppenheim rejoignent le Hall of Fame

Hall of Fame
A chaque édition des World Series of Poker sa nouvelle vague d'entrants dans le Poker Hall of Fame. Créé au Binion's Horseshoe en 1979, ce "cercle des légendes" est géré par Caesars depuis 2005 et comme chaque année, les débats ont fait rare quand à la légitimité des potentiels entrants.

« Chris Moneymaker a t-il sa place au Hall of Fame ? » se demandait Flegmatic avant le Main Event, au moment où les votants finissaient de remplir leur bulletin. Une question hautement clivante dans la grande famille du poker : en devenant en 2003 le premier joueur à remporter le Main Event des WSOP après avoir gagné son ticket via un satellite en ligne (pour 86$ !), l'amateur du Tenessee fait incontestablement partie de l'Histoire du poker avec un grand H. Mais certains pros (comme Daniel Negreanu) se sont permis de rappeler quelques-uns des critères d'éligibilité pour rejoindre le Hall of Fame : avoir joué en high-stakes, avoir tenu la distance sur une longue période, et avoir gagné le respect de ses pairs.

Des distinctions que Moneymaker ne peut se vanter de posséder, n'ayant jamais véritablement réédité son coup d'éclat au cours des années ayant suivi sa victoire sur le Main Event. Le Hall of Fame, disent ces critiques, c'est fait pour des légendes du jeu comme Doyle Brunson, Phil Hellmuth, Stu Ungar, Phil Ivey, et pas pour un « one hit wonder » tel que Moneymaker.

Chris Moneymaker
A ces arguments, d'autres ont répondu que des personnages historiques comme Benny et Jack Binion (le combo père-fils ayant fait naître les WSOP en 1970), Jack McClelland (mythique "tournament director"), Mori Eskandani (producteur de télévision derrière High Stakes Poker et les WSOP d'aujourd'hui, entre autres) ou Henry Orenstein (inventeur de la technologie "hole cam" qui a révolutionné le poker à la télévision) ont chacun à leur tour rejoint le cénacle au fil des années.

Bref, le HoF, ce n'est pas seulement pour les pros du poker, car il existe un critère d'éligibilité alternatif, que certains considèrent comme tout aussi important : avoir contribué à la croissance et au succès du poker. Et qui peut nier que que Chris Moneymaker fut l'un des grands catalyseurs du boom du poker qui a secoué la planète au mileu des années 2000 ? L'année après sa victoire, le field du Main Event a triplé, gonflant tellement qu'il a fallu installer des tables en dehors du Binion's Horseshoe, au beau milieu de Fremont Street. L'année suivante, les WSOP déménagaient au Rio, les sites en ligne poussaient comme des champignons et chaque semaine voyait un nouveau évènement live apparaître sur la carte du globe.

David Oppenheim
Alors, qui pour cette année ? Un pro ou un influenceur ? Le HoF s'agrandit de deux membres à chaque édition, et cette année, toutes les opinions ont eu voix au chapitre : Chris Moneymaker a bel et bien été élu, mais en compagnie d'un compétiteur aguerri, un vrai pro, aussi efficace en tournoi que sur les cash-games les plus chers : le discret mais redoutable David Oppenheim. L'Américain n'a jamais remporté de bracelet mais a disputé trois fois la finale d'un des tournois les plus durs (le PPC 50K$), et a son rond de serviette à la Bobby's Room depuis plus de quinze ans. Il est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de Limit Hold'em de l'histoire.

Ces deux joueurs aux profils bien opposés sont les 57e et 58e intronisés dans le cénacle. « Je parie que parmi les votants, les joueurs ont fait pencher la balance pour Oppenheim, alors que les journalistes ont choisi Moneymaker », a réagi Kevmath sur Twitter. Le comité de vote pour le Hall of Fame est en effet composé de deux catégories bien distinctes : les membres encore vivants (30 cette année), et un panel de 21 journalistes. Chaque année, les votant doivent répartir un total de dix points entre zéro, un, deux ou trois des 10 joueurs sélectionnés. L'ami Kevmath voit probablement juste : faisant partie de ce panel depuis 2010, j'ai cette fois choisi de miser l'intégralité de mes dix points sur Moneymaker. Franchement, imagine t-on raconter l'histoire du poker au 21e siècle sans y consacrer un chapitre entier au gaillard ? C'est le choix que j'ai fait, quitte à evincer des joueurs méritants comme Mike Matusow, Ted Forrest ou Huck Seed, tous présents sur la liste. Bah, pas grave : tous restent éligibles pour la prochaine édition.

Et oui, le mérite, ça peut s’obtenir quand beaucoup d’yeux sont fixés sur vous et plus vraiment avec de la compétence.