Alors que l’édition 2025/2026 du Winamax Poker Tour va couronner son champion, nous avons retrouvé tous les anciens lauréats. Ils nous racontent ce moment unique dans leurs vies de joueurs.
Triompher sur la Grande Finale, c'est un moment qui reste à jamais gravé dans vos mémoires. Si vous êtes en train de jouer le Day 1F et que vous vous êtes déjà imaginés poser votre tête en vainqueur de l'édition 2025/2026, sachez que de grands moments d'émotions vous attendent. Passer tous les jours dans votre salon et voir l'épée trôner au-dessus de votre cheminée, écouter pour la 78ᵉ fois PonceP crier quand le trèfle tombe sur la rivière sur la dernière main du stream, retrouver le texto de votre mère qui vous envoie le petit message d'encouragement "Il est pour toi, celui-là, mon p'tit loup."
Depuis la création du Winamax Poker Tour en 2011, dix joueurs ont éprouvé cette sensation si particulière de devenir le dernier homme à avoir des jetons devant lui à la fin du tournoi. TOUS les jetons. Et ce souvenir de la victoire, il est forcément marquant, pour tout le monde. Qu'on ait remporté des tournois plus prestigieux ensuite, comme Jérémy Saderne, vainqueur du Mini Main Event pour 628 654 $ deux ans après sa victoire au Cercle Clichy. Ou qu'on ait laissé le poker de côté, comme Cyril Georges, seul freerolleur à avoir remporté le titre, il y a dix ans déjà, et devenu pilote de ligne depuis. Je vous invite également à lire en parallèle de cet article le long portrait de VictorP sur Jérémy Cauchard, où l'on apprend beaucoup de choses sur l'homme qui a réalisé l'exploit de ses dernières années sur le circuit des events Winamax.
Il y a des tournois qu’on joue. Et puis il y a ceux qu’on vit. La Grande Finale du Winamax Poker Tour fait clairement partie de la deuxième catégorie. Un marathon, un ascenseur émotionnel, un rêve inaccessible pour des milliers de joueurs... et une réalité pour quelques-uns. On est allés prendre des nouvelles de neuf anciens vainqueurs. Spoiler : ils n’ont pas oublié. Et surtout… ils en parlent encore avec des étoiles dans les yeux.
Une sensation indescriptible
Quand on leur demande ce qu'ils ont ressenti au moment de la libération, de la dernière main, un mot revient, encore et encore : "Indescriptible". Champion en titre, Yoann Kaminisky, pur amateur, pose le décor : “C’est le plus gros tournoi français… et ce que tu ressens quand tu gagnes, c’est indescriptible. J’ai mis plusieurs jours à m’en remettre.”
Même vibe chez Jérémy Cauchard : “Je me suis senti complètement libéré… j’étais vidé. J’ai explosé de joie.”
Sébastien Lesoif, vainqueur un peu à la surprise générale en 2023, sur une table finale très relevée en compagnie de Omar Lakhdari, Alexane Najchaus et Clément Muller, évoque "la dopamine, le bonheur intense que procure cette sensation d'avoir été au bout du tournoi."
Pour Cyril Georges, le seul freerolleur à ce jour à avoir mis la main sur l'épée, "la sensation d'avoir tous les regards sur toi quand tu sors de la table finale semblait complètement irréelle." Pour l'anecdote, Cyril avait ouvert un compte sur ClubPoker deux jours après sa qualif pour demander des conseils sur comment aborder une Grande Finale remplie de joueurs pros.
Chacun ses mots, mais la même réalité, gagner la Grande Finale te met une claque. Et tu ne sais pas encore si tu auras la chance de revivre ces sensations un jour ou si tu viens juste de réaliser ton one time.
Et après ?
Une fois la Grande Finale gagnée, la vie reprend. Mais pas tout à fait comme avant. Certains ont tenté l’aventure poker à fond, d’autres ont rapidement pris du recul… mais tous ont su transformer cette victoire à leur manière.
Pour Jérémy Saderne, le titre a été un vrai déclic : “ça m’a donné la confiance pour aller jouer les plus gros tournois, notamment à Vegas.” On sait ce que ça a donné, un bracelet WSOP, acquis sur une table finale hyper émouvante, comme une confirmation deux ans après sa victoire à Clichy. Même logique chez Jérémy Routier, qui a lui vu sa victoire comme une forme de validation : “ça m’a prouvé que je pouvais le faire.” Trois ans plus tard, il décroche son plus gros titre à ce jour, une victoire sur un gros side event de l'EPT Londres pour 250 000 £.
D'autres ont pris du recul après cette victoire, comme Philippe Pertuisot, le premier vainqueur de l'épreuve en 2012 (le seul à ne pas avoir soulevé l'épée. NDLR : c'était une Coupe pour la première édition) : "j'ai poursuivi quelques années en plus de mon métier de gérant de PME, mais aujourd'hui, le poker est devenu un pur divertissement pour moi, je travaille dans l'immobilier et je joue très peu."
Du côté d'Olivier Decamps, cette victoire n'a pas changé grand-chose. "J'ai joué un peu plus cher, mais j'ai dû reperdre la moitié de mon gain en allant me faire plaisir sur des gros tournois et des plus grosses limites." Ensuite, Olivier a retrouvé son terrain de prédilection, le cash-game, se permettant quelques petit écarts sur des tournois live.
Sébastien Lesoif s'est lui trouvé une famille après sa victoire sur la Grande Finale. Présent sur toutes les tournois de Winamax, il était de tous les bons plans, que ce soit au Théâtro, au Casino de Bratislava à une table d'Ultimate. Cette victoire lui a offert "un gros boost de confiance et de bankroll" et lui a permis de kiffer pendant plusieurs années, avant se tourner vers les Expressos en 2025. Mais l'ambiance des tournois Wina lui manquait tellemernt qu'il ait de retour ici à Aix-en-Provence pour se rappeler ses premiers amours.
Le seul qui a totalement disparu des radars, c'est Cyril Georges, qui, après s'être qualifié sur une étape WiPT, est devenu le premier (et le seul à ce jour), à s'imposer sur la Grande Finale. Après l'effervescence de la victoire, où il a eu l'impression "d'avoir battu le boss final", Cyril a choisi de réaliser son rêve : devenir pilote de ligne. Bien aidé par ses gains sur le WiPT "pour payer une formation très onéreuse", il est pilote depuis un an et vit à Lisbonne.
Que reste-t-il ... de cette victoire ?
Un souvenir qui ne disparaît jamais. Même dix ans plus tard, la victoire reste présente dans les esprits. De retour cette année, Yoann Kaminisky n'a pas oublié : “Depuis ma victoire, il n’y a pas un jour où je n’y repense pas. Je me suis même fait tatouer la main finale sur le bras, pour garder un souvenir à vie.”
D’autres y pensent moins… mais on leur rappelle régulièrement. Comme Olivier Decamps : "Les potes de mon fils de 17 ans ont tapé mon nom sur Google… ils pensent que je suis un génie, j'essaye de leur expliquer le concept de variance, mais ils ont l'impression que le père de leur pote est un héros.”
C'est souvent "quand la nouvelle édition de la Grande Finale est annoncée que les souvenirs ressortent", comme chez Philippe Pertuisot qui a gagné il y a quatorze ans, déjà.
Il y a aussi des souvenirs précis, comme "l'image de la carte gagnante retournée par le croupier" (Georges), "le Valet-9 qu'on a 4-bet shove en mode pur ego contre Arnaud Mattern" (Saderne), "le regard des autres joueurs quand on vient défendre son titre l'année suivante" (Lesoif). On n'est plus un anonyme, les autres joueurs vous reconnaissent. Même des années après, ça ne s'efface pas : “C’est toi qui as gagné le WIPT ?” Et même si cela s'estompe avec le temps, il reste toujours une petite aura d'ancien vainqueur, une photo taille XXL dans le couloir qui mène à la salle de tournoi, un post dans un coverage qui vous rappelle un visage.
Revenir sur les lieux du crime
Jérémy Cauchard, présent aujourd'hui sur le Day 1F
Après avoir remporté la Grande Finale, difficile de ne pas envisager d'y retourner. Un seul joueur a braqué la banque sans jamais revenir, Cyril Georges, vainqueur en 2016. Mais j'ai une bonne nouvelle pour tous les nostalgiques, Cyril sera à Lisbonne pour disputer l'Estoril Poker Fest en mai prochain. Depuis sa victoire, Cyril se contente de jouer avec ses potes, qui lui rappellent régulièrement ses exploits passés. Et joue notamment tous les ans le KING5. Par contre, on ne l'a jamais revu sur un tournoi live et sa fiche Hendon Mob reste bloquée à une seule ligne. Une seule, mais la plus classe qui soit !
Celui que l'on a le plus souvent revu sur la Grande Finale, c'est le vainqueur de l'édition 2014 Pierre Merlin, qui s'était offert le luxe de triompher face à notre Team Pro Gaëlle Baumann. De toutes les éditions depuis sa victoire, L'Enchanteur rate pour la première fois l'épreuve. "Je suis en pleine reconversion en tant que joueur de cash-game, j'ai eu une mauvaise période en MTT, et je pense qu'aujourd'hui, pour limiter la variance et avoir un rythme de vie plus stable, le cash me convient mieux." Cinq fois dans l'argent sur la Grande Finale (un record chez les anciens vainqueurs et tout proche de recordman d'ITMs Damien Lhommeau, sept fois), Pierre a promis qu'on le reverrait bientôt sur une prochaine édition.
Au total, cinq anciens vainqueur (la moitié, donc) sont au départ de cette édition 2025/2026 : Olivier Decamps, Jérémy Routier, Sébastien Lesoif, Jérémy Cauchard et Yoann Kaminisky. Pour beaucoup, c'est l'envie de revivre "ça" qui domine. "Tu te dis que tu dois représenter, faire encore mieux", m'avoue Jérémy Cauchard. "Je sais qu'il y a beaucoup de joueurs meilleurs que moi, mais ça te donne une forme de légitimité, même si maintenant, à chaque fois que je passe un 50/50, on me dit 'c'est comme ça que tu gagnes les tournois !' "
"Ecrire l'histoire en devenant le premier double vainqueur, ce serait une dinguerie de le gagner à nouveau", m'expliquait Jérémy Routier. Chose étonnante, Jérémy Saderne, qui porte le même prénom (comme vous avez pu le remarquer), m'expliquait que "c'est presque une faute professionelle de ne pas être là, quand on a déjà gagné une première fois." Et comment s'appelle le seul homme qui a réussi l'exploit de refaire une table finale de Grande Finale après sa victoire ? Jérémy (Cauchard, bien entendu). Donc, si vous aviez un doute, mieux vaut s'appeler Jérémy si on veut perfer sur cette épreuve. Evidemment, les anciens vainqueurs sont lucides. Rééditer un exploit comme ça est chose quasi impossible. "Aujourd'hui, avec 4 000 joueurs ou presque, c'est beaucoup plus dur", comme m'avouera Olivier Decamps, réaliste sur ses chances de toucher l'épée une deuxième fois.
Des histoires croustillantes
Au-delà des jetons et des cartes, ce sont souvent les petites histoires qui vous marquent, ces petites histoires auxquelles on donne parfois le nom d'anecdotes. Pour Jérémy Saderne, c'est le souvenir d'Arnaud Enselme qui se fait recaler du Cercle Clichy-Montmartre pour port de jogging interdit qui l'a marqué. "Il était venu au Day 3 pour me rail et il a pas pu rentrer à cause de sa tenue. Il est reparti à l'appart se changer et c'est le jour où il a couru le plus vite de sa vie", se souvient-t-il. Il était là vingt-cinq minutes plus tard.
Jérémy Routier se rappelle d'une scène marquante : "J'aime bien m'isoler pendant les dinner-break. Au Day 4, je me retrouve dans un resto japonais et je reçois un texto d'Alex Réard 'Mais kes tu fous ? C'est pas le dinner-break !' " Une erreur qui lui a coûté pas mal de jetons, typique d'un moment où tout s'agite dans votre tête, quand vous êtes en train de deep run.
Pour Pierre Merlin, c'est sa photo de vainqueur qui lui a valu de nombreux charriages de ses potes au fil des années. "Je n'avais pas un déo assez puissant, et on voit une belle auréole. Merci Winamax, vous ne m'avez pas trop mis en avant sur la photo." À peu près à chaque fois que ses potes évoquent la Grande Finale, ils lui rappellent cette photo magique.
D’autres histoires prennent une dimension plus personnelle. Avant sa victoire, Cyril Georges était surnommé “Poulidor” par ses amis, condamné à terminer deuxième de tous ses tournois de FIFA entre potes. Arrivé en heads-up, très largement dominé en stack, il y repense : “Même quand je vais loin dans un tournoi, je vais encore faire deuxième.” La suite effacera ce surnom à jamais.
Chez Decamps, c’est une autre forme de pression qui surgit au moment de la victoire. Loin de l’euphorie attendue, il se rappelle d’une pensée beaucoup plus pragmatique : “Le plus gros sentiment, c’était la peur du fisc.” Une réaction presque surprenante, mais révélatrice d’une époque où le poker n’était pas encore totalement encadré, et les joueurs gagnants considérés comme des cibles par l'administration.
Et puis il y a ces traces laissées dans le réel. Comme Yoann Kaminisky, qui a choisi d’immortaliser sa victoire en se faisant tatouer la main gagnante, As-Roi, sur le bras. “Comme ça, c’est gravé à vie.” Une manière littérale de ne jamais oublier.
Enfin, il reste ces petits moments du quotidien où tout ressurgit. Une photo accrochée dans une salle, un regard appuyé à la table, ou simplement un inconnu qui demande : “C’est toi sur la photo là-bas ?” Des instants fugaces, mais qui suffisent à rappeler que, quelque part, cette victoire continue d’exister. Parce qu’au fond, si les résultats s’effacent avec le temps, les anecdotes, elles, ne disparaissent jamais vraiment.
Et l'épée, tu l'as mise où ?
À tournoi exceptionnel, trophée exceptionnel ! Vous aurez bien compris que l'épée n'est pas un trophée comme les autres et a sans doute contribué d'une certaine manière au succès de l'épreuve. Si une coupe prend souvent la poussière dans une armoire, ce trophée si particulier trône pour beaucoup de nos anciens vainqueurs dans leur bureau. "À chaque fois que je lance une session, je vois l'épée au-dessus de mon set-up et je me souviens de ce grand moment", me confiait Yoann Kaminisky. Jérémy Routier l'a installé fièrement dans son salon, Jérémy Saderne dans sa chambre d'enfant, Jérémy Cauchard l'a laissé chez ses parents pour le moment en attendant de l'installer sur un mur en pierres avec un éclairage dédié et Sébastien Lesoif s'est fait un meuble à trophées chez lui pour la voir le plus souvent possible. Une preuve que tous ces joueurs ont envie de se souvenir de ce moment si particulier dans la vie d'un joueur.
Les vainqueurs de la Grande Finale
| ANNÉE | LIEU | ENTRÉES | JOUEUR | GAIN € |
|---|---|---|---|---|
| 2012 | Paris | 1138 | Philippe Pertuisot | 80 700 € |
| 2013 | Paris | 1222 | Mathieu Philbert | 100 000 € |
| 2014 | Paris | 1263 | Pierre Merlin | 100 000 € |
| 2015 | Paris | 1306 | Olivier Decamps | 91 500 € |
| 2016 | Paris | 1389 | Cyril Georges | 103 500 € |
| 2017 | Paris | 1399 | Jérémy Saderne | 100 000 € |
| 2018 | Paris | 1262 | Jeremy Routier | 100 000 € |
| 2023 | Paris | 2987 | Sébastien Lesoif | 155 000 € |
| 2024 | Paris | 3448 | Jeremy Cauchard | 170 000 € |
| 2025 | Aix-en-Provence | 3503 | Yoann Kaminisky | 175 000 € |








