[ITW] João Vieira : ''C'était le bracelet de l'expérience''
Par Renato P
Il a décroché son quatrième bracelet au milieu de la plus belle période de sa carrière : Player of the Year, PPC et futures ambitions : le Portugais fait le point après des WSOP pour le moins réussis.
Après 75 jours intenses de poker en live, João Vieira met un point final à une campagne WSOP mémorable. Le Portugais a remporté son quatrième bracelet sur le High Roller à 100 000 $, en plus d'une table finale sur le prestigieux Poker Players Championship à 50 000 $ - une performance qu'il valorise énormément - et une quatrième place sur le Razz Championship. Dans le cadre de notre série de l'été consacrée aux World Series de nos W rouges, Naza se confie.
João, nouvelle année, nouveau bracelet. Cela devient une habitude pour toi d'arriver à Vegas et d'en ramener un à la maison.
Oui, on pourrait dire ça, mais ça n'a rien de facile [rires]. J'ai eu la chance d'en gagner quatre au cours des dix dernières années. Entre chaque victoire, il y a toujours beaucoup de tournois. Gagner un tournoi en live est difficile et cela n'arrive que rarement. Gagner un bracelet l'est encore plus. Même s'ils se sont succédé relativement rapidement, sur une période de six ans et avec la pandémie entre les deux, chacun d'entre eux a été très spécial. Je ne les considère jamais comme acquis et je célèbre chacun d'eux comme si c'était le premier.
Qu'est-ce que tu retiens du parcours vers ce quatrième bracelet ? Un moment difficile ou décisif que tu voudrais partager ?
La différence avec le tout premier, par exemple, c'est que le premier m'a libéré d'un poids. J'étais déjà un bon joueur online, mais je n'avais pas de bracelet. Pour le deuxième, le troisième et le quatrième, le sentiment est devenu plus naturel : on veut vraiment gagner, mais si on n'y arrive pas, ce n'est pas la fin du monde. Ce dernier est le bracelet de l'expérience. J'ai eu un très long heads-up, avec plusieurs occasions de le conclure qui ne se sont pas concrétisées, la variance jouait avec moi… mais à 35 ans et après autant d'années à jouer, j'ai su garder la tête froide pour arriver à mes fins.
"Le Player of the Year est un objectif, mais pas à n'importe quel prix."
Tout le monde sait que tu es un joueur expérimenté et que le titre de Player of the Year est un objectif pour toi. La lutte a été acharnée cette année, non ?
Sans aucun doute. Benny Glaser, un excellent joueur de mixed games, a remporté trois bracelets et il n'a pas gagné le Player of the Year. Pour obtenir ce titre, il faut réaliser une année vraiment exceptionnelle : il ne suffit pas d'accumuler les Top 3, il faut gagner. Et même dans ce cas, il faut espérer que personne d'autre ne réalise une meilleure année que vous. C'est un objectif que j'aime me fixer, mais pas à n'importe quel prix. Je ne veux pas compromettre mes performances dans les grands tournois comme le 100K ou le 250K parce que je suis fatigué de jouer dans des petits tournois. Cette année, par exemple, j'étais cinquième au classement et je suis rentré chez moi plus tôt parce que je voyais que mes chances étaient très faibles et que je n'avais plus l'énergie pour continuer. Je préfère me concentrer sur la conquête de bracelets et de grands titres, et si le titre de Player of the Year en est la conséquence, alors tant mieux.
Cette année, Michael Mizrachi a remporté le PPC et le Main Event, mais il n'a pourtant pas décroché le titre. Trouves-tu cela injuste ou que les critères de calcul devraient être modifiés ?
Je ne pense pas que ce soit injuste. Les règles étaient claires dès le début. Remporter le PPC et le Main Event la même année est l'un des exploits les plus impressionnants que j'ai vus aux WSOP, mais le système fait que les dix meilleurs résultats sont pris en compte. Mizrachi n'a pas obtenu d'autres résultats avec beaucoup de points. Benny Glaser a également remporté trois bracelets et n'a pas été récompensé. Shaun Deeb, en revanche, a été plus régulier et a accumulé plus de points. On ne peut pas décider de changer les règles simplement parce que quelqu'un a fait quelque chose d'incroyable.
Pour continuer sur Mizrachi, c'est un joueur old school. Comment analyses-tu ses victoires ?
Je n'avais pas beaucoup joué contre lui au cours des dix dernières années, peut-être une ou deux fois. Cette année, nous nous sommes souvent croisés sur le PPC. Son style est particulier et j'ai joué trop peu de mains pour pouvoir l'évaluer en profondeur. Je n'ai pas suivi le Main Event car j'étais déjà en vacances. Ce que je peux dire, c'est que ce qu'il a accompli est exceptionnel : quelqu'un qui a peu joué, voire pas du tout, au cours de la dernière décennie et qui remporte deux des plus grands titres du poker, le même été. Cela montre que le poker réserve toujours des surprises.
L'année dernière, tu as écrit un blog sur le PPC et tu l'as appelé ton « Main Event ». Cette année, tu as terminé cinquième. Le gagner fait partie de tes objectifs ?
J'adorerais le remporter. C'est un tournoi unique, avec beaucoup de variantes et de styles de jeu. Cette année, je suis arrivé dans l'une de mes pires formes physiques : j'étais très fatigué et je n'avais pas pu travailler les mixed games, car je venais de jouer le Super High Roller. Malgré tout, j'ai réalisé une bonne performance. Il est difficile d'être au top niveau dans toutes les variantes, mais cela reste l'un de mes objectifs. C'est comme le Player of the Year. J'aimerais beaucoup le gagner, mais je peux très bien m'en passer. La variance a une grande influence et on ne peut pas la contrôler.
"Sauter au Day 1 ou au Day 3 sans entrer dans l'argent, cela revient au même..."
On a parlé du Main Event. Tu as été éliminé très tôt. Quelle a été ta réaction ?
Mon objectif dans le Main Event est le même que dans n'importe quel tournoi : prendre les meilleures décisions et aller le plus loin possible. Beaucoup le jouent comme un tournoi de survie, mais pour moi, être éliminé au Day 1 ou au Day 3 sans être payé, c'est la même chose. Mon style de jeu ne vise pas à survivre, mais à accumuler des jetons. J'ai vu une bonne occasion de bluffer, ça n'a pas marché, c'est comme ça au poker. Mon seul regret, c'est que j'étais très fatigué et que si j'étais passé au Day 2, j'aurais eu quelques jours pour me reposer et revenir plus fort.
Au cours des huit derniers mois, tu as remporté les trois plus gros gains en live de ta carrière. Es-tu à ton prime ?
Je pense que oui, même si j'étais déjà en grande forme auparavant. J'ai connu d'autres très bonnes périodes qui n'ont peut-être pas été aussi médiatisées ou qui ne se sont pas traduites par de grands résultats, par pure variance. Les gens sous-estiment l'influence de la variance, tant positive que négative. Je suis au sommet de ma forme et, en plus, la variance m'a accompagné. Mais je garde les pieds sur terre : quand je perds, je sais que la variance ne m'a pas aidé, et quand je gagne, je sais qu'elle m'a favorisé.
Comment tu as vécu le deep run de Leo Margets ?
Leo était la personne idéale pour le faire. Si elle avait gagné, cela aurait été la meilleure chose qui puisse arriver au poker féminin, proablement depuis toujours. Arriver en table finale est une reconnaissance de tout son travail. Je pense qu'en tant qu'ambassadrice, elle peut aider à attirer davantage de femmes vers le poker.
Pour conclure, quels sont tes objectifs pour la saison prochaine ?
Il y a quelques années, je me suis fixé des objectifs et j'ai déjà atteint tous ceux online. En live, il m'en manque un, le cinquième bracelet. Maintenant, mon objectif est de me lever chaque jour et de donner le meilleur de moi-même, et de voir jusqu'où cela me mènera. Si j'y parviens, je sais que je mettrai mes adversaires en difficulté. Sur cette deuxième moitié de 2025, je vais me concentrer davantage sur le jeu online pour des raisons personnelles et je ne jouerai que le WPO et le BSOP Millions à São Paulo. En 2026, je reviendrai sur le circuit en live, en commençant par l'EPT Paris, et je continuerai à jouer les tournois les plus chers, comme je l'ai fait jusqu'à présent.
Merci beaucoup João !
Interview par Renato P
Traduction et adaptation par Enrique
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