[Interview] Adrián Mateos : vers les sommets de la All-Time Money List ?

[ITW] Adrián Mateos : vers les sommets de la All-Time Money List ?

Par Soflo dans Général Tournois Live

La máquina revient sur son année 2025, pose ses objectifs 2026, et nous détaille ses nouvelles routines de travail.

Créa AdrianMateos

Ce n’est pas tous les jours qu’on croise Adrián Mateos à la machine à café des bureaux de Winamax. De quoi impressionner les collègues qui ne l’ont vu qu’à la télé, dans un épisode de Dans la Tête d’un Pro. Mais pas le temps pour une séance de selfies : la máquina est à Paris pour enregistrer quelques vidéos stratégiques dans nos studios, discuter avec la presse, et surtout - what else - s’attaquer aux tournois les plus chers d’un festival. On fait le point avec notre numéro 1.

On te retrouve à Paris, l’EPT va démarrer. On est pas loin d’Enghien-les-Bains, théâtre de l’un de tes premiers gros résultats…
Je me sens très bien en France, comme à Monaco, ce sont deux pays où j’ai fait de très bons résultats par le passé. Je suis très content de revenir ici. J’espère que l’EPT sera beau. Le poker est de plus en plus important en France, et j’espère que beaucoup de joueurs iront le jouer.

Arrêtons-nous un instant sur le joueur français le plus célèbre du moment : Jean-Noël Thorel. Quel est ton avis sur lui ? Tu l’as joué de nombreuses fois depuis plusieurs années, l’as-tu vu progresser ? Est-il plus dur à jouer ?

Jean-Noël est un joueur à part. Il a été très actif en n'ayant pas peur de jouer de très gros coups en table finale aux Bahamas. Peu avant la TF du 100K des WSOP Paradise, il m’a d'ailleurs mis un sale bad beat. Il est très expérimenté, mais il a des problèmes de vue, quelques fois il missclik, ce qui est difficile à gérer quand tu dois jouer contre lui. Tu n'es jamais sûr s’il a bien vu ses cartes. Mais il s’est grandement amélioré au fil des années. C’est incroyable qu’il puisse concurrencer tous les pros qu’il rencontre à son âge. Il joue sans demi-mesure : je l’ai vu passer des bluffs incroyables, il est capable de tout. Je jouerai probablement contre lui, ici à Paris, sur les plus gros buy-ins. J'aimerais plus échanger avec luin mais il ne parle pas très bien anglais. 

ITW AdrianIl est plus vieux que la plupart d’entre vous. Est-il une source d’inspiration pour toi de par sa capacité à jouer au plus haut niveau malgré son âge avancé ?

La vie est courte, mais je suis encore assez jeune. Je ne sais pas comment je serai à son âge. Bien sûr que c’est fascinant de le voir concourir au plus haut niveau dans un jeu de stratégie comme le poker. Il est très intelligent, il suffit de voir la réussite qu'il a eu dans ses affaires, et maintenant il est en quelque sorte un retraité qui passe beaucoup de son temps à jouer au poker. C’est un parcours incroyable et une grande source d’inspiration. 

Malgré le bracelet remporté cet été, 2025 semble être un poil décevant pour toi par rapport à ton année 2024, est-ce que c’est également ton ressenti ? 

L’année 2024 va vraiment être dure à battre. Quand j’ai commencé 2025, je savais qu’il serait difficile de faire mieux. 2024 est ma meilleure année, de loin. L’année 2025 n’a pas été bonne pour moi en live. J’ai eu quelques deep runs où je ne suis pas passé très loin. Et même si j’ai gagné un bracelet, c’était sur l’un de mes plus petits buy-ins de l'année. J’ai tout de même terminé l’année avec un ROI positif en termes de buy-ins, mais négatif en termes financiers. J’ai vraiment run bad sur mes plus gros buy-ins l'année dernière, alors qu'en 2024, c’était tout l’inverse. C’est probablement la clé pour expliquer mon année 2025. D'un autre côté, je me sens très fort parce que 2025 a été l’une de mes meilleures années online. Mon début d’année online est du même acabit, donc ma confiance est plutôt élevée.

Quand tu regardes tes résultats de 2025, est-ce que ça te pousse à changer quelque chose dans ton emploi du temps, ta manière de travailler ? As-tu fait des ajustements par rapport à ça ?

Pas vraiment, j’ai dû passer à côté de quelques gros spots, comme Jeju, pour raisons personnelles. Le plan pour cette année est de ne louper aucun gros évènement high stakes. Je ferai un peu plus de volume, mais l’objectif n’a pas bougé : j'ai confiance en mon jeu. Les résultats suivront, c’est une question de temps. 

"Je suis préparé à affronter n’importe qui"

Tu parlais de ton agenda. Comment tu le prépares ? C’est quelque chose qui est fixe ou tu peux le modifier en improvisant, parfois à la dernière minute ?

Oui et non. Je m’impose de jouer les plus gros buy-ins : Tritons, Bahamas et EPT. Ces trois festivals sont les principaux, et ensuite n’importe quel endroit où se joue des high rollers requiert particulièrement mon attention, pour gagner autant d’argent que possible. C’est d’autant plus facile en jouant des gros buy-ins. En suivant ce programme, je pourrai gagner des places dans la All-Time Money List. 

Adrian en interview avec HarperÇa reste l’un de tes principaux objectifs ?

Tout à fait. Actuellement, je vois que je suis gagnant sur tous les tournois que je joue. Si je peux jouer des plus gros buy-ins, ça me laisse espérer plus d’argent sur mon compte en banque. Le plan est donc de maximiser mes buy-ins. Quand il  y a plusieurs gros tournois en même temps, je dois prioriser les plus chers. 

Tu viens de dire que tu étais gagnant sur tous tes tournois. Si tu regardes en arrière, est-ce que tu te rappelles quand tu as commencé à penser que tu étais au-dessus du field ?

Dès le début. Dans le sens où, chaque tournoi que j’ai joué, je l’ai joué parce que je pensais avoir un ROI positif. Dans le passé, j’ai certes pu faire des erreurs en jouant parfois des tournois où je n’étais pas gagnant. Mais ces dernières années, mon jeu est en place et je suis plutôt confiant pour dire que je suis maintenant au-dessus sur tous les tournois que je joue, particulièrement en live. 

Donc tu ne fais pas partie de ces joueurs qui regardent les tables avant de décider s'ils rentrent dans un tournoi ou non ?

Non, peu importe. Ma concentration est la même dès la première main, peu importe qui est assis à ma table. Je suis préparé à affronter n’importe qui. J’ai travaillé très dur ces dernières années pour sentir que je peux gagner sur n’importe quelle table où je m’assois. Je ne crains personne, j'essaie simplement de jouer de mon mieux.  

Adrian et JoaoTu viens de mentionner que tu as travaillé très dur. As-tu changé des choses dans ta manière de travailler ces dernières années ? Par exemple, travailles-tu plus seul ou as-tu un groupe ?

L’an dernier, l’une des choses qui nous a beaucoup apporté et qui grandement amélioré notre manière de travailler, est lorsqu’on a embauché un gars qui nous aide avec l’étude des solvers et autres logiciels. Nous avons un groupe pour étudier ensemble avec Juan Pardo et João Vieira. C’est un groupe incroyable avec les meilleurs joueurs du monde actuels. On apprend les uns des autres. 

Comment avez-vous trouvé un gars pour vous aider ? Vous avez posté une offre d'emploi dans le journal pour trouver un mathématicien ? Comment ça s’est fait ? 

C’est un ami à nous. C’est aussi un joueur professionnel qui est très calé en informatique, qui travaille plus rapidement que moi et est plus préparé pour faire ce travail. Ma part du job est d’apprendre, d'étudier et de mettre en œuvre cela quand je joue.   

Mettre en œuvre, est-ce que ça sous-entend expérimenter à table, essayer des choses qui marchent ou non et ajuster en temps réel ?  

Il faut trouver de nouvelles façons de jouer, d’essayer les recommandations des solvers pour voir comment les joueurs réagissent à cela. Il faut expérimenter à table; parce qu’on joue face à des humains.

"Quand je me sens le plus mal, ce n’est pas quand je prends un bad beat, mais quand je fais une grosse erreur"

Évidemment, le niveau de jeu dans les tournois high stakes que tu joues est de plus en plus élevé. Prends-tu toujours du plaisir dans ces tournois, ou ça ressemble plus à un travail dorénavant ?

J’adore toujours autant jouer les plus gros tournois comme ici l’EPT Paris, ou la semaine prochaine les Triton à Jeju. Je suis plutôt excité à l’idée de les jouer. Prendre du plaisir est probablement l’une des clés de mon succès depuis tant d'années. J’aime toujours autant mon travail, la compétition, m’améliorer, battre mes adversaires. C’est quelque chose qui me fait du bien. C’est pourquoi je travaille très dur pour essayer d’être meilleur que les autres. 

Adrian en rélfexionL’une des choses qui te caractérise est de rester concentré, même après un bad beat. Pour autant, je voulais savoir comment tu te sentais après le bad beat reçu sur le Main Event des WSOP 2024. Quand on regarde en tant que spectateur, on ne voit rien transparaître sur ton visage, c’est comme : “OK, c’est juste une main, on passe à la suite”. Mais comment c’est à l’intérieur ? Est-ce que c’est pareil que nous, les joueurs amateurs qui peuvent être pris par l’émotion ? Comment réagis-tu au fond de toi-même?

Bien sûr qu’à l’intérieur, c’est douloureux après un tel bad beat. Mais quand je joue au poker et que je m’assois à une table, j’essaie de ne pas me laisser atteindre par des choses que je ne peux pas contrôler. Seulement sur les choses que je peux contrôler, c’est ma manière de jouer.  Quand on avançait dans le tournoi et que j’étais l’un des chipleaders, beaucoup de gens ont commencé à parler de moi, comme si j’allais forcément gagner, mais il y restait encore 300 joueurs. J’ai joué assez de tournois pour savoir que c’est un long chemin et qu’il pouvait encore m'arriver beaucoup de choses avant d’atteindre la table finale. J’étais conscient que c’était une belle opportunité puis le bad beat est arrivé. Je n’aurais pas pu faire plus, juste avant le bad beat, j’ai fold les Rois. Cette main était dans mon esprit parce que je n’étais pas sûr que ce fold était bon 100 % du temps, mais j’ai suivi mon instinct.
 

Et juste après avoir pris ce bad beat, quelques minutes plus tard, j’ai reçu l’information via le stream que le gars avait les As quand j'ai fold les Rois. Au fond de moi, ça m'a rassuré parce que la chose la plus importante est de prendre la plus meilleure décision. Quand je me sens le plus mal, ce n’est pas quand je prends un bad beat, mais quand je fais une grosse erreur. Partir à tapis pour cent blindes avec les As contre les Rois est un spot magnifique. J’espère l’avoir dans le Main Event tout le temps. Je ne peux pas faire plus.  

As-tu regardé le programme des WSOP 2026 ? Quelle est ta première impression ?

C’est assez similaire à l’an passé. Je pense qu’il manque des tournois à plus gros buy-in. Ils ont mis tous les gros buy-ins ensemble sur les deux premières semaines, et après ça il n’y a plus que le 50K après le Main. J’aimerais voir plus de 25K, 50K, même un 10K parce qu’il y a énormément de joueurs qui les jouent. J'ai l'impresion que les WSOP ne veulent pas que ces tournois soient programmés en même temps que les tournois de PLO et de Mixed Games. Je comprends ça, mais je pense qu’ils pourraient quand même mettre plus de gros buy-ins en No-Limit Hold’em parce qu’au bout du compte, les WSOP c’est ça : les meilleurs joueurs du monde qui se battent pour le bracelet. Si tu veux qu’ils soient tous là, il faut leur proposer des gros buy-ins.

Adrian lors des WSOP 2024

On t’a déjà demandé, mais… il y a une chance que tu te mettes aux Mixed Games plus tard dans ta carrière ?

Peut-être. Je ne sais pas, pour le moment ce n’est pas dans mes plans. Il y a tellement de tournois en No-Limit Hold’em. 

Parce qu’il y a énormément de joueurs comme toi qui étaient des spécialistes de NLHE et qui ont connu plus tard du succès en variantes…

Quand tu te concentres sur plein de choses différentes, tes résultats en souffrent. Je parle par expérience. Le NLHE est déjà un jeu très complexe et j’essaie de jouer au plus haut niveau afin d’être l’un des meilleurs du monde. Ça prend beaucoup de temps. C’est plus value pour moi de me concentrer uniquement sur le NLHE. Je peux jouer à ce jeu tous les jours de l’année. Donc les variantes ne sont pas une motivation pour moi actuellement, mais peut-être plus tard dans ma carrière, quand l’argent ne sera plus ma principale motivation. Quand je serai plus concentré sur la trace que je veux laisser, sur les titres… Pour le moment je suis concentré à faire le plus d’argent possible.  

Adrian bilanSi on se revoit dans un an, en janvier 2027, qu’est-ce qui pourrait te faire dire que 2026 a été une bonne année pour toi ?

Gagner des gros tournois. Ça serait bien de ramener quelques titres des WSOP, Tritons, EPT, ces tournois ont quelque chose de spécial. Bien sûr j’aime gagner des trophées, ça serait fantastique. Je pense que je les ferai tous, en faisant aussi mon volume online et en continuant à travailler mon jeu. C’est le plus important pour moi : quand je fais le job, je m’attends à ce que les résultats suivent. Faire du volume online est important à mes yeux car tu ne peux pas tricher avec les datas, les graphiques. Si je trouve que je donne le meilleur de moi-même et que j’ai de bons résultats, ça sera une bonne année. 

On va te voir dans la prochaine saison de Dans la Tête d’un Pro, mais en tant que spectateur, et dans un rôle de supporter de Leo Margets. Quelle a été ton implication pendant le deep run de Leo ?

Je jouais le programme que je m’étais fixé, comme je le faisais tous les jours pendant les WSOP. Du coin de l'œil, je suivais le parcours de Leo depuis mon téléphone. Je voyais qu’elle était à 30 left, 20 left… Tous les jours, il y avait de moins en moins de joueurs. Elle avait beaucoup de ses amis qui étaient là pour la supporter. Je ne voulais pas la déconcentrer. Puis j’ai vu que ça commençait à devenir très sérieux avec plus que deux tables restantes. Je voulais lui apporter mon soutien en allant là-bas. Et je suis arrivé au même moment où elle a doublé sur la rivière...

Adrian et Leo

Avec le 2 de trèfle ! 

J’ai dû endosser le rôle du méchant flic en essayant de la calmer, parce que bien qu’elle ait gagné le plus gros pot de sa carrière à ce moment-là, je lui ai dit : “Ce pot c'est cool, mais le prochain que tu joueras sera sûrement encore plus cher. Donc c’est mieux de se calmer et de se reconcentrer sur le jeu." Je pense qu’elle me respecte beaucoup et qu’elle prend mes conseils. C’est une bonne amie à moi, donc il est normal d’essayer de l’aider. Elle a fait table finale, j’ai tenu à être là pour elle pour l’aider le jour avant la TF. Elle a pris mes conseils et on a travaillé ensemble : moi, Leo et Steph [Matheu] qui était plus concentré sur l’aspect mental. Mais j’ai aussi apporté mon aide sur l’aspect mental parce que dans ce type de table finale, la stratégie compte peut-être moins que le mental. Les émotions peuvent vous submerger et le contrôle des émotions devient la chose la plus importante. Elle a fait un bon boulot, on était très contents de la manière dont elle a joué la table finale. Et même si elle n’a pas obtenu le résultat que nous espérions tous, ça fait partie du poker. Si elle avait gagné son dernier flip, beaucoup de choses auraient changé, mais il faut run good. Ça reste une performance incroyable et on est très fiers d'elle !

Adrian au séminaire du TeamEnfin un petit mot sur ton rôle au sein du Team Winamax, penses-tu qu’il a évolué ? Comment décrirais-tu ta place au sein de l’équipe aujourd’hui ?

Quand on est en séminaire tous ensemble, je sens que mes coéquipiers me respectent énormément, et j’essaie de les aider quand ils me posent des questions par rapport à des mains, la meilleure façon de jouer tel spot. Avec João, on essaie de s’occuper de la partie technique du séminaire. Ça apporte à tous les membres du Team, et je suis content de participer à cela parce que ce sont tous de superbes personnes, des amis. Je souhaite aider mes coéquipiers et quand ils ont des bons résultats, je suis très heureux pour eux comme ils peuvent l'être pour moi quand je performe. Évidemment que mon rôle dans le Team a changé un petit peu au fil des années. Ça fait maintenant neuf ans que je suis dans le Team donc je suis l’un des plus anciens. 

Comment ton rôle a-t-il changé ?

Il a changé parce que lorsque j’ai intégré le Team, je n’avais que 23 ans. Aujourd'hui, j’en ai 31, je suis devenu bien plus mature. Je peux transmettre plus de choses. Mon anglais s’est aussi amélioré [NDLR : on confirme !] pour pouvoir échanger avec les gens. 

Vas-tu regarder le deep run de Leo sur Youtube ?

Bien sûr ! Léo est une personne très émotive, bien plus que moi. Et je veux voir comment elle a géré ses émotions et comment elle a performé dans ce tournoi si spécial. Voir Leo performer sur le Main Event est quelque chose que je ne louperai pour rien au monde !

Propos recueuillis par Soflo & Benjo le mardi 17 février

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